Le Mexique veut muscler ses capacités en intelligence artificielle, calcul haute performance et semi-conducteurs, et compte sur AMD pour y parvenir. Le Secrétariat à la Science, aux Humanités, à la Technologie et à l’Innovation (Secihti) et le fabricant américain ont signé un protocole d’entente prévoyant formations, échanges de savoir-faire et collaboration sur des projets technologiques, au moment où le pays prépare de nouvelles infrastructures de calcul.
L’accord Mexique-AMD en quatre points :
- Secihti et AMD vont collaborer en intelligence artificielle, calcul haute performance (HPC) et semi-conducteurs.
- Le texte prévoit ateliers, séminaires, formations spécialisées et échanges de bonnes pratiques.
- Le Mexique vise ses propres capacités technologiques, en connectant universités, chercheurs et infrastructures.
- La collaboration s’inscrit dans des projets comme le supercalculateur Coatlicue et le Cluster National de Supercalculateurs et d’Intelligence Artificielle.
L’accord a été signé par Celina Peña Guzmán, secrétaire adjointe au Développement Technologique, à la Liaison et à l’Innovation de Secihti, et Keith Strier, vice-président senior de Global AI Markets chez AMD.
Pour l’instant, il s’agit d’un simple protocole d’entente. Aucun contrat de fourniture de processeurs ou d’accélérateurs n’y est attaché, et AMD n’a aucune obligation d’équiper les futurs supercalculateurs mexicains. Le document sert de cadre pour repérer des opportunités de collaboration et bâtir des capacités sur des technologies que le gouvernement mexicain juge stratégiques. L’objectif dépasse la simple utilisation d’outils d’IA : Secihti veut relier formation, recherche, infrastructure et transfert technologique pour que le pays produise ses propres solutions.
L’IA, le HPC et les semi-conducteurs dans un même programme
Ce qui frappe dans cet accord, c’est sa portée. La collaboration ne se limite pas à l’IA générative : elle couvre aussi le calcul haute performance, les semi-conducteurs, la recherche scientifique et la formation d’experts. Secihti et AMD pourront organiser des activités académiques, partager leurs connaissances et repérer des projets où des institutions mexicaines pourront s’impliquer.
Celina Peña Guzmán a expliqué que le gouvernement veut éviter que le Mexique se contente d’importer des technologies développées ailleurs. Sa position : le savoir, le talent et l’infrastructure déjà présents dans le pays doivent travailler ensemble pour produire des capacités et des solutions nationales.
Ce positionnement compte particulièrement pour les semi-conducteurs. Le Mexique dispose d’une industrie électronique et manufacturière solide, intégrée à l’Amérique du Nord, mais la chaîne de valeur des puces va bien au-delà de la fabrication finale : conception, encapsulage, tests, logiciels, recherche de matériaux et formation d’ingénieurs comptent tout autant. Le protocole ne mentionne ni investissement économique concret ni nouvelle usine de semi-conducteurs. Son cœur, c’est le talent, la recherche et la collaboration technologique.
AMD, de son côté, occupe une position qui colle bien à ces domaines. Au-delà de ses processeurs EPYC pour serveurs, l’entreprise rivalise sur les accélérateurs d’IA avec sa famille Instinct et participe à certains des plus grands systèmes HPC mondiaux. Keith Strier a rappelé que le calcul haute performance sert déjà l’énergie, la biologie, la climatologie et la science des matériaux, des disciplines qui traitent des volumes de données considérables.
Coatlicue, l’ambition mexicaine pour le supercalcul
L’accord prend du relief en s’inscrivant dans les plans du Mexique pour développer son infrastructure nationale de calcul. Parmi les projets cités par Secihti figure Coatlicue, le supercalculateur porté par le gouvernement de Claudia Sheinbaum dans le cadre de sa politique de souveraineté scientifique et technologique. Il est aussi question du Cluster National de Supercalculateurs et d’Intelligence Artificielle, destiné à élargir l’accès des chercheurs et institutions mexicaines à des ressources de calcul avancées.
Reste à ne pas surinterpréter le lien entre ces projets et l’accord avec AMD. Coatlicue est cité comme un exemple des initiatives mexicaines en cours, mais rien n’indique qu’AMD ait été retenue comme fournisseur pour ce supercalculateur. La nuance compte, dans un marché où les grands systèmes HPC combinent souvent processeurs, GPU, accélérateurs spécialisés, réseaux haute vitesse et stockage de plusieurs fabricants différents.
Le défi ne se limite pas non plus à l’achat de machines. Un supercalculateur réclame des spécialistes capables de programmer des applications parallèles, de gérer des clusters, d’administrer réseaux et stockage haute performance, et d’adapter des charges scientifiques à des CPU et des accélérateurs. La pénurie de ces profils freine aujourd’hui l’expansion de l’infrastructure IA dans plusieurs pays, et c’est justement là que se joue une bonne partie de la collaboration annoncée. Marco Moreno Ibarra, directeur général du Développement, du Transfert de Technologie et de l’Innovation chez Secihti, parle d’une continuité entre échange de connaissances, formation d’experts et développement de projets technologiques.
Analyse : une capacité nationale se construit avec des gens, pas seulement des puces
Ce dossier illustre un débat qui agite plusieurs pays en ce moment. Bâtir une capacité nationale en intelligence artificielle ne se résume pas à installer des GPU : il faut de l’énergie, des centres de données, des réseaux, des universités, des chercheurs, des logiciels et des professionnels capables de faire tourner tout ça au quotidien.
Pour le Mexique, la proximité économique et géographique avec les États-Unis, associée à une industrie manufacturière déjà bien installée, joue en sa faveur. L’expansion de l’IA et des semi-conducteurs pousse l’Amérique du Nord à revoir des chaînes d’approvisionnement longtemps concentrées en Asie, et le pays veut se positionner sur ce mouvement. AMD y voit d’ailleurs un intérêt commercial évident : l’entreprise a déjà signé un accord similaire de formation avec le Singapore Institute of Technology sur le quantique, preuve que la course aux talents dépasse largement le Mexique.
L’accord avec AMD ne garantit pas, à lui seul, que le Mexique gagne en autonomie technologique. Aucun objectif chiffré n’apparaît encore, ni en professionnels formés, ni en investissements, ni en capacités de calcul à déployer. Il offre en revanche un cadre pour que l’un des grands fabricants mondiaux de processeurs et d’accélérateurs travaille directement avec la direction scientifique mexicaine sur la formation et la concrétisation de projets. AMD continue par ailleurs d’étoffer son offre logicielle pour ses accélérateurs, comme le montre le lancement récent de ROCm 10, la plateforme qui doit faciliter l’exploitation de ses GPU Instinct par des agents d’IA.
Hiram Monroy, directeur des ventes d’AMD pour l’Amérique latine hispanophone, a précisé que la collaboration inclura échange de savoir-faire, coopération technique et formation spécialisée. Les résultats se mesureront à des critères concrets : le nombre d’experts formés, les institutions impliquées, les projets de recherche menés à terme, et la capacité du Mexique à transformer ce savoir en technologies développées localement.
Perspectives
La compétition mondiale pour l’IA montre que disposer de puces ne suffit pas : encore faut-il des professionnels capables de les exploiter et de bâtir dessus, un défi parfois aussi ardu que l’accès au matériel lui-même. Le Mexique tente d’avancer sur les deux fronts à la fois, tout en construisant une infrastructure nationale de supercalcul nettement plus ambitieuse qu’il y a quelques années. La demande mondiale en capacité de calcul reste telle que même les partenaires d’AMD, comme le montre la réservation quasi totale de la capacité FOPLP de Powertech jusqu’en 2027, se disputent déjà les créneaux de production pour les années à venir.
Questions fréquentes
Qu’ont convenu AMD et le gouvernement mexicain ?
AMD et Secihti ont signé un protocole d’entente pour collaborer sur la formation, la recherche et l’échange de connaissances liés à l’intelligence artificielle, au calcul haute performance et aux semi-conducteurs.
AMD va-t-elle fournir les puces du supercalculateur Coatlicue ?
Rien ne l’indique. L’annonce ne précise pas qu’AMD a été choisie comme fournisseur pour Coatlicue ; Secihti cite ce supercalculateur comme l’un des projets liés au développement des capacités nationales, sans plus de détails.
Quelles activités prévoit l’accord ?
Des activités académiques, des ateliers, des séminaires, des formations spécialisées, des échanges de bonnes pratiques et l’identification de projets communs potentiels.
Pourquoi le Mexique mise-t-il sur le supercalcul ?
Le gouvernement veut renforcer ses capacités de recherche et d’intelligence artificielle tout en réduisant sa dépendance aux technologies et au savoir-faire étrangers.
Ce type d’accord de formation IA est-il fréquent ?
Oui. AMD a par exemple signé un accord comparable avec le Singapore Institute of Technology sur les talents du quantique, et plusieurs fabricants de puces multiplient ce type de partenariat avec des gouvernements pour sécuriser des viviers de spécialistes.