Le Mexique souhaite renforcer ses capacités en intelligence artificielle, supercalculateurs et semi-conducteurs avec le soutien d’AMD. Le Secrétariat à la Science, aux Humanités, à la Technologie et à l’Innovation (Secihti) et le fabricant américain ont signé un protocole d’accord qui prévoit des formations spécialisées, des échanges de connaissances et une collaboration sur des projets technologiques, à un moment où le pays prépare de nouvelles infrastructures de calcul haute performance.
Les points clés de l’accord entre le Mexique et AMD en 20 secondes
- Secihti et AMD collaboreront dans les domaines de l’intelligence artificielle, du calcul haute performance (HPC) et des semi-conducteurs.
- L’accord inclut des ateliers, des séminaires, des formations spécialisées et des échanges de savoir-faire.
- Le Mexique ambitionne de développer ses propres capacités technologiques et de connecter universités, chercheurs et infrastructures.
- Cette collaboration s’inscrit dans le cadre de projets tels que le supercalculateur Coatlicue et le Cluster National de Supercalculateurs et d’Intelligence Artificielle.
L’accord a été signé par Celina Peña Guzmán, secrétaire adjointe au Développement Technologique, à la Liaison et à l’Innovation de Secihti, et Keith Strier, vice-président senior de Global AI Markets chez AMD.
Il s’agit pour l’instant d’un protocole d’entente, qui ne prévoit pas l’attribution de contrats pour la fourniture de processeurs ou d’accélérateurs à AMD, ni l’obligation que la société fournisse le matériel pour les futurs supercalculateurs mexicains. Ce document sert de cadre pour identifier des opportunités de collaboration et développer des capacités liées à des technologies stratégiques reconnues par le gouvernement mexicain.
L’objectif déclaré va au-delà de la simple utilisation d’outils d’intelligence artificielle. Secihti vise à connecter formation, recherche, infrastructure et transfert technologique pour augmenter la capacité du pays à créer ses propres solutions.
L’IA, le HPC et les semi-conducteurs dans un même programme
L’un des aspects les plus intéressants de cet accord réside dans sa portée. La collaboration ne se limite pas à l’IA générative, mais inclut également le calcul haute performance (HPC), les semi-conducteurs, la recherche scientifique et la formation d’experts.
Secihti et AMD pourront organiser des activités académiques, des ateliers et des séminaires, partager leurs connaissances et bonnes pratiques, ainsi qu’identifier des projets où des institutions mexicaines pourront collaborer.
Celina Peña Guzmán a expliqué que l’objectif du gouvernement est d’éviter que le Mexique se contente d’adopter des technologies développées à l’étranger. Selon elle, la volonté est que le savoir, le talent et l’infrastructure disponibles au Mexique puissent œuvrer ensemble pour générer de nouvelles capacités et solutions nationales.
Ce positionnement est particulièrement pertinent concernant les semi-conducteurs. Le Mexique dispose d’une industrie électronique et manufacturière importante, intégrée à l’Amérique du Nord, mais la chaîne de valeur des puces englobe bien plus que la fabrication finale : conception, encapsulage, tests, logiciels, recherche de matériaux et formation d’ingénieurs sont aussi des domaines stratégiques.
Le protocole n’indique pas d’investissements économiques concrets ni de nouvelles usines de semi-conducteurs. Son objectif principal reste le talent, la recherche et la collaboration technologique.
De son côté, AMD possède une position qui correspond directement aux domaines sélectionnés. Outre ses processeurs EPYC pour serveurs, l’entreprise rivalise dans le domaine des accélérateurs d’intelligence artificielle avec sa famille Instinct et participe à certains des plus grands systèmes HPC mondiaux.
Keith Strier a souligné que le calcul haute performance est déjà utilisé dans des secteurs tels que l’énergie, la biologie, la climatologie, la science des matériaux et d’autres disciplines nécessitant le traitement de grandes quantités d’informations.
Coatlicue, la grande ambition mexicaine pour la supercalculate
L’accord prend une dimension supplémentaire en s’inscrivant dans les plans du Mexique pour développer son infrastructure nationale de calcul.
Parmi les projets mentionnés explicitement par Secihti figure Coatlicue, le supercalculateur promu par le gouvernement de Claudia Sheinbaum dans le cadre de sa politique de souveraineté scientifique et technologique.
Il est également question du Cluster National de Supercalculateurs et d’Intelligence Artificielle, destiné à élargir l’accès des chercheurs et institutions mexicaines à des ressources avancées de calcul.
Il faut cependant être prudent dans l’interprétation de la relation entre ces projets et l’accord avec AMD. Bien que Coatlicue soit évoqué comme un exemple des initiatives que le Mexique développe, il n’est pas annoncé que AMD ait été choisie comme fournisseur pour ce supercalculateur.
Cette distinction est importante dans un marché où les grands systèmes HPC peuvent combiner processeurs, GPU, accélérateurs spécialisés, réseaux haute vitesse et stockage provenant de différents fabricants.
De plus, le défi ne se limite pas à l’acquisition de machines.
Un supercalculateur nécessite des spécialistes capables de programmer des applications parallèles, de gérer des clusters, d’administrer des réseaux et du stockage haute performance, ainsi que d’adapter des charges scientifiques à des CPU et des accélérateurs. La pénurie de ces profils constitue l’un des freins majeurs pour étendre l’infrastructure en IA.
C’est précisément là que s’inscrit une grande partie de la collaboration annoncée.
Marco Moreno Ibarra, directeur général du Développement, de la Transfert de Technologie et de l’Innovation chez Secihti, évoque une continuité entre l’échange de connaissances, la formation d’experts et le développement de projets technologiques.
L’ambition que l’infrastructure stimule le transfert de savoirs national
La stratégie reflète un débat qui anime de nombreux pays. Construire une capacité nationale en intelligence artificielle ne consiste pas uniquement à installer des GPU.
Il faut aussi de l’énergie, des centres de données, des réseaux, des universités, des chercheurs, des logiciels et des professionnels spécialisés capables de maintenir et exploiter ces infrastructures.
Pour le Mexique, une opportunité supplémentaire découle de sa proximité économique et géographique avec les États-Unis et de son industrie manufacturière importante. L’expansion de l’IA et des semi-conducteurs oblige l’Amérique du Nord à revoir ses chaînes d’approvisionnement, qui durant des décennies se sont concentrées principalement en Asie.
L’accord avec AMD ne garantit pas à lui seul que le Mexique devienne plus autonome technologiquement. Il ne fixe pas encore d’objectifs chiffrés en termes de professionnels formés, d’investissements ou de capacités de calcul qui seront déployées suite à cette collaboration.
En revanche, il offre un cadre pour que l’une des principales sociétés mondiales de processeurs et d’accélérateurs travaille directement avec la direction scientifique mexicaine sur la formation et la concrétisation de projets.
Hiram Monroy, directeur des ventes d’AMD pour l’Amérique latine hispanophone, a indiqué que la collaboration inclura l’échange de savoir-faire, la coopération technique et la formation spécialisée.
Les résultats se mesureront précisément à travers ces aspects : le nombre d’experts formés, les institutions impliquées, les projets de recherche réalisés, et jusqu’où le savoir acquis pourra engendrer des technologies développées depuis le Mexique.
La compétition internationale pour l’IA montre que disposer de puces est important, mais avoir des professionnels capables de les utiliser et de bâtir dessus peut s’avérer tout aussi difficile. Le Mexique tente désormais d’agir sur ces deux fronts, tout en développant une infrastructure nationale de supercalculateurs bien plus ambitieuse.
Questions fréquentes
Que ont convenu AMD et le gouvernement mexicain ?
AMD et Secihti ont signé un protocole d’entente pour collaborer dans la formation, la recherche et l’échange de connaissances liés à l’intelligence artificielle, au supercalcul et aux semi-conducteurs, entre autres.
AMD fournira-t-elle les puces pour le supercalculateur Coatlicue ?
L’annonce ne précise pas qu’AMD ait été choisie comme fournisseur pour Coatlicue. Secihti mentionne le supercalculateur comme l’un des projets liés au développement des capacités nationales.
Quelles activités sont prévues dans le cadre de cet accord ?
Il s’agit d’organiser des activités académiques, des ateliers, des séminaires, des formations spécialisées, des échanges de bonnes pratiques et l’identification de projets communs potentiels.
Pourquoi le Mexique mise-t-il sur la supercalculate ?
Le gouvernement mexicain veut augmenter ses capacités pour la recherche et l’intelligence artificielle, tout en réduisant la dépendance aux technologies et connaissances étrangères.