La technologie soulève des inquiétudes au Canada avec le programme d’identité numérique des voyageurs connus
La technologie continue de transformer nos vies, mais pas toujours dans la direction attendue. La récente divulgation de documents officiels concernant le programme d’Identité Numérique de Voyageur Connu (KTDI) au Canada a suscité des inquiétudes quant à l’utilisation d’innovations technologiques pour des projets qui, sous couvert de promesse d’efficacité et de sécurité, pourraient entraîner une érosion progressive de la vie privée et des libertés individuelles.
Ce programme, soutenu par Transports Canada en collaboration avec le Forum Économique Mondial (WEF), vise à établir l’identité numérique biométrique comme nouvelle norme pour les voyages internationaux. Il centralise des données personnelles très sensibles — tels que l’historique académique, la situation financière et le statut vaccinal — dans un seul profil numérique “vérifiable”.
La technologie au service du contrôle
La narration officielle fait état de “voyages sans contact” et d’une “expérience fluide pour l’utilisateur”, mais la réalité sous-jacente est différente. Les documents obtenus par Rebel News, à la suite d’une demande d’accès à l’information, révèlent que le projet a été inclus dans le budget fédéral de 2021 avec un financement dépassant les 105 millions de dollars, sans réel débat public ni contrôle parlementaire.
Plus préoccupant encore, l’administration elle-même a qualifié de “problématiques” les questions posées par les journalistes concernant l’utilisation de la biométrie et l’implication d’entités privées. Bien que certaines réponses aient été préparées, elles ont ensuite été largement censurées, soulignant un manque de transparence frappant compte tenu de l’ampleur du projet.
Une nouvelle architecture de surveillance numérique
D’un point de vue technologique, le KTDI représente une intégration sophistiquée de systèmes biométriques, blockchain et vérification décentralisée. Cependant, toute innovation technologique ne se traduit pas par un progrès. Si ces infrastructures ne sont pas conçues avec des garanties solides en matière de protection des données et de supervision démocratique, elles risquent de se transformer en une architecture permanente de surveillance.
Des experts en cybersécurité et en droits numériques mettent en garde que l’identification numérique centralisée peut non seulement faciliter des services, mais également conditionner des droits, restreindre des mouvements ou exercer une pression sociale ou financière. Le précédent du crédit social en Chine illustre clairement comment des systèmes initialement conçus pour le “bien commun” peuvent devenir des outils de contrôle.
Le piège de la modernisation technologique sans éthique
Nous avons déjà vu que les avancées technologiques sont mises en œuvre à des fins économiques ou d’efficacité, sans une réflexion éthique suffisante. L’utilisation d’algorithmes de reconnaissance faciale, de systèmes de notation de crédit automatisés ou de passeports sanitaires numériques a suscité des préoccupations similaires. Le cas du KTDI va encore plus loin en présentant une identité numérique totalisante, promue par des instances où le contrôle citoyen est presque inexistant, comme le WEF.
De plus, le fait qu’une grande partie du développement du projet se fasse en collaboration avec des entités privées et des forums internationaux dépourvus de mandat démocratique direct soulève des questions légitimes sur qui contrôle ces données, dans quel but et sous quelles juridictions.
L’innovation avec des limites
Il est urgent d’engager un débat approfondi sur les limites de l’innovation appliquée à l’identité et aux droits individuels. Il ne s’agit pas de freiner le progrès, mais de s’assurer que chaque avancée soit accompagnée de mécanismes de transparence, de contrôle public et de protections légales solides.
L’identité numérique sera sans aucun doute l’un des piliers des infrastructures de demain. Mais, comme le montrent les documents relatifs au KTDI, si nous permettons à ces systèmes d’être conçus dans l’opacité, dans la quête d’efficacité et au profit des entreprises, nous risquons de bâtir un avenir brillant sur le plan technique… mais sombre sur le plan social.
Source : Actualités de sécurité