LaLiga exige a RevistaCloud que pida a su CDN bloquear una IP compartida : que dice la carta, por qué es inviable y qué implicaciones tiene

Cloudflare atténue la plus grande attaque DDoS enregistrée de 3,8 Tb/s

RevistaCloud a reçu une lettre de la Liga Nationale de Football Professionnel (LaLiga) nous informant, textuellement, que notre site web « est hébergé à l’adresse IP 188.114.96.5 », depuis laquelle « des violations répétées des droits de propriété intellectuelle » de l’organisation et de ses licenciés sont commises. La lettre nous ordonne « d’éviter immédiatement de partager à partir de la même adresse IP, de pages ou de ressources web » qui, selon eux, facilitent un accès illicite aux matches, et annonce que LaLiga solliciterá auprès des fournisseurs d’accès à Internet le blocage des adresses IP hébergeant des pages web violant leurs droits, en citant la Sentencе du 18 décembre 2024 du Tribunal de commerce nº 6 de Barcelone.

La direction technique de RevistaCloud souhaite informer ses lecteurs — et le secteur — des faits, expliquer pourquoi cette demande est pratiquement impossible pour un éditeur utilisant une CDN moderne, et ouvrir le débat sur la proportionnalité des mesures de blocage lorsque celles-ci impactent une infrastructure partagée. Voici les faits vérifiables, le contexte juridique et les implications pour toute personne gérant un site web légitime en Espagne.


Ce que dit précisément la lettre

Datée à Madrid du 29/09/2025, cette communication comporte trois sections principales :

  1. « Connaissance effective ». Il nous est notifié que la page revistacloud.com « est hébergée » à l’adresse IP 188.114.96.5 (une adresse anycast de Cloudflare) et que, « à titre d’exemple », lors de la 5e journée de la Liga espagnole « depuis cette adresse IP, un accès illicite » à des matchs a été facilité. La lettre inclut une capture d’écran prise durant une journée, avec une liste d’IPs superposée, comme « preuve » du fait.
  2. Exigence. « Par la présente, nous vous informons officiellement de cette situation, afin que vous requériez immédiatement votre fournisseur de services (Cloudflare) d’éviter immédiatement de partager depuis cette même adresse IP, des pages ou ressources web facilitant l’accès illégal aux contenus de LaLiga. »
  3. Annonces de mesures. LaLiga, « sous l’autorité de la Sentencе du 18 décembre 2024 du Tribunal de commerce nº 6 de Barcelone », sollicitera aux FAI le blocage des adresses IP hébergeant des pages web « violant nos droits », en avertissant également des potentielles actions judiciaires si une omission délibérée de leurs obligations mène à des infractions.

Fait important : RevistaCloud ne diffuse, n’héberge ni ne lie aucun contenu illicite. Nous utilisons Cloudflare comme CDN et proxy — comme des milliers de médias, commerces et administrations — pour renforcer la sécurité et l’efficacité.


Pourquoi la demande est impossible à exécuter pour un éditeur utilisant une CDN

La lettre exige de « cesser de partager » une IP de Cloudflare associée à des pages supposément en infraction. Cependant, cette instruction ne dépend pas du client :

  • Dans une CDN anycast, des milliers de domaines légitimes partagent la même IP, annoncée depuis plusieurs points de la réseau afin d’acheminer le contenu au plus proche de l’utilisateur.
  • La sélection du site ne s’effectue pas par IP, mais par signaux de couche 7 : SNI/hostname en TLS et en-tête Host en HTTP.
  • Un client ne peut pas « fermer » ou « dés partager » une IP d’un service commun ; ni Cloudflare ne propose un bouton pour arrêter de partager son IP avec le reste d’Internet.

Implication concrète : demander à un éditeur d’imposer à une CDN de bloquer une IP partagée est incompatible avec la réalité technique, car cela causerait une coupure indiscriminée de centaines ou milliers de sites sans lien avec l’infraction. La unité de toute mesure de blocage n’est pas l’IP, mais le domaine (FQDN) et, si possible, la rue/URL précise, sous une période limitée et avec possibilité de reversal.


Ce que la jurisprudence dit : préserver les droits avec proportionnalité

En Espagne, des tribunaux commerciaux ont autorisé des blocages dynamiques lors de fenêtres de match pour limiter les diffusions non autorisées. Ces décisions — y compris celle du Tribunal Mercantil nº 6 mentionnée par LaLiga — insistent sur des principes fondamentaux :

  • Proportionnalité et nécessité: agir sur le minimum utile (par exemple, des domaines identifiés) et éviter l’interruption de l’infrastructure partagée sauf à justifier solidement techniquement.
  • Temporalité: fenêtres limitées (début et fin) avec une reversal automatique après le match.
  • Exécution contrôlée: faire des tests reproductibles (traces avec SNI/Host, horodatages UTC, outils/versions), établir des protocoles pour lever les faux positifs et maintenir un canal technique entre autorités, CDN et FAI.

Pour référence, consulter un document officiel accessible via le moteur de recherche du Poder Judicial :
https://www.poderjudicial.es/search/AN/openDocument/766326fb999ba14aa0a8778d75e36f0d/20250331

Version technique : il faut appliquer un blocage efficace et respectueux à l’aide de FQDN/SNI et rues spécifiques, et non pas une IP anycast de CDN qui ne désigne aucun site précis.


Les risques liés aux blocages par IP partagée

  1. Dommages à des tiers. Bloquer une IP de CDN coupe l’accès à une multitude de sites légitimes n’ayant rien à voir avec une infraction. Pour les médias et commerces, cela entraîne perte de trafic, ventes manquées, et support supplémentaire.
  2. Efficacité limitée contre des infractions. Les fraudeurs disrespectueux de la loi changent rapidement de domaines et fournisseurs. Un blocage général d’IP constitue une filet qui gêne les innocents et ne dissuade guère les coupables.
  3. Sécurité juridique et opérationnelle. Si un éditeur ne peut pas prévoir quand une mesure affectera ses activités, l’incitation à investir dans la sécurité et l’amélioration de son infrastructure diminue.
  4. Potentielle responsabilité. En cas de préjudice prouvé suite à une intervention imprudente ou démesurée, des actions en réparation sont possibles (articles 1.902 du Code civil), pour atteinte à la liberté d’entreprise (article 38 de la Constitution) ou au droit à l’information (article 20 de la Constitution).

Ce que nous demandons en tant que média concerné

RevistaCloud a répondu à LaLiga par écrit, en demandant une traçabilité et un ajustement selon les standards de proportionnalité :

  • Inventaire détaillé : IP, domaines (FQDN) et, si applicable, rues/URLs, avec dates et heures (UTC), et champ d’application (opérateurs/réseaux).
  • Méthodologie et preuves reproductibles : outils, versions, traces avec SNI/Host, ASNs d’origine et destination. Une simple capture d’écran n’offre pas une vérification technique suffisante.
  • Critères de reversal et canal NOC-À-NOC (24/7) : contacts techniques, SLA pour la levée de blocages erronés, et plan pour la gestion des faux positifs.
  • Aspect judiciaire : mention de l’ordre concret et explication de la manière dont la protection d’autrui sera assurée lors de l’application des mesures.

Nous réitérons notre disponibilité totale à collaborer pour la retrait de tout contenu illicite qui pourrait apparaître sur nos plateformes, situation qui, actuellement, ne se présente pas.


Ce que tout éditeur peut faire face à une demande similaire

  1. Demander par écrit le détail : FQDN, rues, fenêtres, méthodologie (avec SNI/Host, horaire UTC, outils).
  2. Exiger la proportionnalité : bloquer le domaine/rue dans une fenêtre limitée, jamais une IP partagée sauf justification technique et judiciaire forte.
  3. Demander un canal opérationnel — via CDN/FAI — pour lever rapidement tout faux positif.
  4. Documenter : requêtes avec NS/A/AAAA/SOA, traceroutes, curl -v --resolve avec SNI et analyser les métriques traffic par opérateur durant la journée.
  5. Prévoir des mesures de contingence : si le blocage persistait indûment, envisager DNS Only, CDN alternatif ou duplication temporaire des sources, tout en tenant informés clients et lecteurs par une page de statut.

Ce que les demandeurs doivent garantir

  • Ordres judiciaires précis, évitant les requêtes privées floues.
  • Unités de blocage adaptées (FQDN/SNI, y compris chemin si nécessaire), et non une IP CDN partagée.
  • Fenêtres de validité avec un reversal automatique post-événement.
  • Preuves signées et vérifiables (pcap/HAR avec SNI, horodatages).
  • Rapport post-mesure détaillant application et impacts sur des tiers.

Seule une démarche rigoureuse et proportionnée permet d’assurer la protection effective des droits tout en préservant l’intégrité de l’écosystème digital.


Notre position

RevistaCloud partage la nécessité de protéger la propriété intellectuelle et de lutter contre les diffusions non autorisées. Toutefois, cette protection ne doit pas se traduire par des mesures impossibles à respecter pour un tiers — comme « arrêter de partager une IP » dans une CDN — ni par des blocages indiscriminés qui nuisent à d’autres sites. Nous réaffirmons notre volonté de coopérer, toujours dans le respect de la proportionnalité, des preuves reproductibles et de la certitude juridique.

Nous continuerons à vous tenir informés de toute évolution et de la réponse officielle que nous recevrons.


Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une IP anycast d’une CDN et pourquoi ne désigne-t-elle pas un site précis ?
Dans l’anycast, une même IP publique est annoncée depuis plusieurs nœuds du réseau pour servir le contenu depuis le point le plus proche. Dans les CDN, des milliers de domaines partagent cette même IP. La destination réelle s’établit en couche 7 (par SNI/hostname et en-tête Host), donc bloquer l’IP coupe l’accès à plusieurs sites sans lien avec l’infraction.

Quelle est la différence entre bloquer par IP et par domaine (FQDN/SNI) ?
Bloquer par IP dans une infrastructure partagée est imprécis et cause du dommage collatéral. Bloquer par FQDN/SNI cible précisément le domaine (et éventuellement la rue), limitant l’impact pour les autres et respectant mieux les principes de proportionnalité et de nécessité.

Que dit la jurisprudence sur la proportionnalité de telles mesures ?
Les décisions concernant le blocage dynamique pendant les événements sportifs autorisent la proteсtion, mais requièrent de la précision, de la temporalité et de la non-ingérence excessive dans la tierce infrastructure. La documentation accessible via le Poder Judicial (par exemple, la référence du 31/03/2025) confirme ces principes.

Quelles démarches suivre pour une entreprise qui reçoit une lettre similaire ?
Demander une traçabilité technique (FQDN, routes, horaires, méthodes) ; exiger une mesure proportionnée (blocage par domaine/rue, fenêtre limitée, réversion) ; mettre en place un canal NOC-À-NOC avec SLA pour lever rapidement les faux positifs ; documenter toute incidence pour éventuellement faire appel à des recours ou défendre ses droits si nécessaire.


Note : Les exemplaires en italique reproduisent l’essentiel de la lettre reçue par RevistaCloud. Les documents officiels sont en notre possession.

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