La fin de vSphere Standard ne se limite pas à la suppression d’un produit du catalogue. Pour de nombreux responsables IT, elle marque un tournant dans la perception de la relation avec la plateforme de virtualisation, considérée depuis des années comme acquise. En pratique, lorsqu’un modèle commercial évolue — affectant la gestion des licences, la prévisibilité et la continuité — le débat devient bien plus qu’un sujet technique : il touche à des enjeux cruciaux tels que la dépendance au fournisseur, les coûts à long terme et la marge de manœuvre.
C’est précisément ce changement que met en lumière Kostadis Roussos dans son article «Fin de vSphere Standard : un hommage personnel», publié sur son site. L’auteur — qui affirme avoir été architecte de vCenter et qui travaille aujourd’hui chez Nutanix — décrit la disparition de vSphere Standard comme une rupture plus émotionnelle que commerciale : la fin d’une ère durant laquelle, selon lui, VMware se percevait comme ayant une obligation morale envers une base de clients centrale à la vitalité de l’entreprise. «Ce n’était pas une simple ‘adresse IP’», écrit-il, mais un engagement d’ingénierie pour «privilégier ses clients à tout prix».
« Ce n’étaient pas de petits clients » : la portée de la perte
Roussos insiste sur un chiffre symbolique : 300 000 clients comme une base qui rendait VMware « irremplaçable » depuis des années. Sa thèse est claire : ces clients n’étaient pas un segment marginal, mais des organisations concrètes — dont beaucoup de grandes entreprises — qui confiaient leur continuité opérationnelle à une plateforme assurant stabilité et évolution constante.
Dans son texte, l’auteur rappelle qu’au sein de l’organisation, existait une culture de priorité absolue : éviter que le client n’ait « une raison de partir ». Il évoque des décisions prises pour garantir une expérience positive, parfois au détriment d’autres intérêts. Il ne s’agit pas d’un aveu technique, mais d’une lecture sur la construction d’un élément difficile à mesurer mais déterminant : la confiance.
La paradoxe, souligne-t-il, c’est qu’il découvre l’étendue de la fin par la réaction du marché : la frustration du client devient, selon lui, la preuve que le lien existait et que le travail de son équipe avait sa valeur. La phrase «Objectif atteint» — en guise de conclusion d’un hommage — devient aussi une forme de diagnostic : lorsque une base de clients « pleure » la fin d’un SKU, ce qu’elle regrette n’est pas une simple étiquette, mais une relation spécifique.
La nouvelle dynamique : licences, stratégie et « préserver ses options »
Ce contexte inévitable entoure cette fin. Depuis plusieurs mois, dans les discussions du secteur, l’idée s’est répandue que, suite au rachat de VMware par Broadcom, les changements de licences contraignent les clients à réviser leur feuille de route. Un phénomène important apparaît : beaucoup d’entreprises ne cherchent pas à remplacer immédiatement, mais plutôt à explorer des alternatives par prudence.
Un professionnel en pré-vente chez Nutanix résumait récemment cette tendance : la fin de vSphere Standard « ne signifie pas la disparition d’un SKU », mais une transformation profonde de la relation client à sa plateforme de virtualisation. Dès lors, la question ne porte plus uniquement sur « quel produit acheter », mais sur « quelle dépendance accepter », « combien cela coûtera-t-il de le maintenir » et « que faire si le modèle évolue à nouveau ».
Ces interrogations ouvrent le champ à une évaluation stratégique, non plus sous l’angle de l’urgence, mais en termes de planification : inventaire, criticité, coûts récurrents, compétences internes et scénarios de sortie.
Au-delà du produit : prévisibilité, simplicité et maîtrise
Le cas de vSphere Standard devient un miroir du moment que traverse la virtualisation d’entreprise. Pendant des années, l’industrie a fonctionné sur un principe : la plateforme était stable, son cycle de vie compréhensible et ses coûts raisonnables dans un cadre connu. Lorsqu’un tel cadre se brise — ou est perçu comme fragile —, les entreprises commencent à valoriser des qualités souvent considérées comme secondaires :
- Prévisibilité : pas seulement le coût actuel, mais la capacité à projeter ce dernier sur 3 à 5 ans.
- Simplicité opérationnelle : la quantité d’efforts nécessaires pour maintenir, mettre à jour ou auditer la plateforme.
- Maîtrise : le niveau de dépendance vis-à-vis du roadmap, des licences ou des conditions de support.
L’analyse de Roussos s’inscrit dans cette perspective, car elle met en lumière quelque chose que ressentent beaucoup d’organisations : la technologie n’est adoptée pas uniquement pour ses performances ou ses fonctionnalités, mais pour un pacte implicite de pérennité. Quand ce pacte change, le client commence à se demander ce qu’il achète réellement.
L’importance du « tribut » dans un marché en mutation rapide
Il est frappant de constater que le récit de Roussos n’est pas un manifeste commercial classique, mais une narration personnelle qui, précisément, résonne avec la réalité du marché. Il parle de personnes, de responsabilités, de clients qui « ont soutenu » son équipe lorsque leur livraison a évité des problèmes opérationnels, et de l’idée que « le changement est inévitable ». Mais la véritable valeur pour le professionnel n’est pas la nostalgie, c’est la conclusion pragmatique.
Si la fin de vSphere Standard suscite autant de réactions, c’est parce qu’elle met en évidence que la virtualisation est une infrastructure critique et que, lorsque le cadre change, la conversation devient stratégique. Il ne s’agit pas simplement de « remplacer pour remplacer », mais de ne pas se retrouver sans options : évaluer les alternatives, comprendre les dépendances et élaborer un plan pour retrouver la prévisibilité.
Questions fréquentes
Que signifie concrètement la fin de vSphere Standard pour les entreprises virtualisant des charges critiques ?
Cela implique de réévaluer l’impact du changement sur la continuité de leur plateforme. Au-delà du produit, beaucoup y voient un signal pour revoir leur dépendance, leur support et leur coût global à moyen terme.
Pourquoi un changement de licences en virtualisation pousse-t-il à explorer des alternatives, même sans intention immédiate de migration ?
Parce qu’il modifie la prévisibilité : si les conditions, les modalités ou les métriques de consommation changent, le client doit disposer de scénarios comparables pour décider de maintenir sa stratégie ou de diversifier ses risques.
Quels points doivent faire partie d’une analyse stratégique avant de planifier une migration depuis VMware ?
Inventaire des charges et leur criticité, exigences en matière de disponibilité, dépendance à certaines fonctionnalités, compétences internes, fenêtre de changement acceptable et projection des coûts récurrents (pas seulement pour la migration).
Comment ces changements impactent-ils la relation de confiance entre fournisseur et client ?
D’après le témoignage de Roussos, la confiance s’est construite sur des engagements d’ingénierie et de service sur le long terme. Lorsqu’un modèle change, beaucoup de clients ressentent que la relation doit être redéfinie, ce qui relance la question de leur degré d’indépendance.