Après des mois de tensions quasi inédites, le marché de la mémoire commence à révéler un signe que beaucoup d’acheteurs pensaient perdu : un premier signe de retournement. Il ne s’agit pas d’un retour à la normale ni d’un krach global, mais d’un changement de rythme perceptible sur deux fronts très distincts. D’un côté, la DDR5 en Europe semble avoir dépassé ses sommets du début février et amorce une légère correction en retail. De l’autre, la DDR4 en Chine évolue avec une plus grande violence : là-bas, l’ajustement est brutal, avec des signaux clairs indiquant qu’une partie de la hausse précédente était plus spéculative ou liée à l’inventaire qu’à une demande réelle.
La lecture de cette situation exige toutefois de la nuance. Le marché reste conditionné par un déficit de capacité, par la concurrence entre segments (PC, serveurs, mémoires de haute valeur pour l’IA) et par une chaîne d’approvisionnement qui fonctionne par vagues. Mais lorsqu’une courbe cesse de monter quotidiennement, le message est clair : la demande résiste à l’idée de payer n’importe quoi.
Europe : la DDR5 stoppe la hausse et rompt l’inertie haussière
Dans les communautés hardware durant le dernier semestre, l’image la plus répandue concerne des kits de 32 Go de DDR5 qui bondissent jusqu’à des chiffres qui semblaient récemment absurdes. D’après le suivi global effectué via forums et réseaux sociaux, le schéma est clair : prix stables en été, accélération à partir d’octobre, avec un pic marqué fin janvier et début février.
Ce graphique — avec ses lignes de minimum et de moyenne — suggère que le « kit moyen » de 32 Go dans l’UE a connu lors des sommets une fourchette d’environ 430–470 €, avec des minima un peu en dessous, avant une baisse visible en fin de cycle. La correction n’est pas énorme, mais elle est significative en ce qu’elle indique : le marché cesse de grimper et commence à se détendre, même si ce n’est que par petites étapes.
Les ajustements de prix en magasins spécifiques confirment aussi cette tendance. En Allemagne, par exemple, plusieurs kits populaires ont été en baisse, avec des réductions plus marquées sur certains modèles, ce qui correspond à un scénario classique après un pic : on baisse d’abord ce qui a le plus de marge ou de stock, puis le reste finit par suivre.
Tableau — Signes d’un ajustement de la DDR5 (32 Go) en Europe
| Indicateur observé | Ce que cela suggère |
|---|---|
| Pic fin janvier / début février | Période de tension maximale en retail |
| Recule du minimum et de la moyenne après coup | Correction après une hausse très verticale |
| Baisse plus marqué sur certains modèles spécifiques | Ajustement sélectif lié au stock et à la concurrence | Prix encore élevés malgré la correction | Ce n’est pas une « normalisation » : c’est un premier souffle |
La clé ici est psychologique et pragmatique : lorsqu’un composant essentiel d’un PC devient prohibitif, le consommateur reporte ses achats, les assembleurs ajustent leurs configurations, et le canal doit réagir. La disponibilité restant parfois limitée, les prix ne peuvent pas continuer d’augmenter indéfiniment sans casser la demande.
Chine : la DDR4 change de cap de manière plus brutale
Alors que l’Europe montre un ajustement timide, la Chine offre un contraste parfait. Sur le marché chinois, la DDR4 a connu des mois de hausse et de tension… et elle affiche désormais une inversion de tendance bien plus agressive. Le catalyseur n’est pas uniquement la demande, mais aussi la dynamique des stocks : lorsque des produits s’accumulent par crainte de futures hausses, leur prix se maintient artificiellement ; lorsque cette attente est rompue, l’ajustement est rapide.
Par ailleurs, le mouvement de fabricants chinois comme CXMT ajoute une pression supplémentaire sur le segment « legacy ». La société a été pointée du doigt pour offrir des DDR4 à des prix sensiblement plus bas, dans certains cas à près de la moitié du prix du marché, ce qui crée une dynamique supplémentaire dans l’équilibre entre offre, marges et concurrence régionale.
Tableau — Pourquoi la DDR4 peut se déplacer plus vite que la DDR5
| Facteur | DDR4 | DDR5 |
|---|---|---|
| Marché | Plus mature, très sensible aux stocks et à la concurrence | Plus conditionné par les plateformes actuelles et la demande « premium » |
| Substitution | Plus facile sur certains appareils et cycles longs | Plus liée aux nouveaux PC et configurations à jour |
| Élasticité des prix | Élevée : une hausse trop forte freine la demande | Élevée aussi, mais avec moins d’alternatives dans la gamme actuelle |
| Risque de « bulle » par accumulation | Plus important | Moindre (mais présent en retail) |
Il ne faut cependant pas confondre « la baisse de DDR4 en Chine » avec « un retour global à 2023 ». La correction peut être réelle mais aussi locale ou temporaire. La mémoire est un marché où les cycles s’étirent ou se rétractent en fonction de multiples facteurs : décisions industrielles, changements dans la composition des produits, ou bien la priorité donnée à DDR4, DDR5, serveurs ou modules haut de gamme liés à l’essor de l’Intelligence Artificielle.
Contexte : demande réelle versus attentes et marges
Ce phénomène laisse une conclusion peu confortable pour le secteur : la hausse a été si forte qu’elle a étouffé une partie du canal. Quand la rentabilité dépend de prix gonflés, tout ralentissement de la demande devient problématique pour le retail, les assembleurs, et par cascades, pour l’ensemble de l’écosystème.
De plus, la pression sur les coûts dans la mémoire a été suffisamment importante pour que certains fabricants de PCs aient dû ajuster publiquement leurs tarifs pour les modules DDR5, invoquant la pénurie et la hausse continue des prix. Cela explique pourquoi une correction, même modérée, est perçue davantage comme un « symptôme » que comme une véritable solution.
S’agit-il du début d’un changement de cycle ?
La question qui demeure est cruciale : s’agit-il d’une pause ou d’un tournant ? Avec les données actuelles, le message prudent serait : il y a des signaux de refroidissement, mais le marché n’a pas encore prouvé qu’il pouvait revenir durablement à des prix raisonnables.
En Europe, la DDR5 semble amorcer une correction après le pic. En Chine, la DDR4 affiche une inversion de tendance plus brutale, accentuée par la concurrence et la gestion des stocks. Ce qui se passera ensuite dépendra de deux leviers : la résilience de la demande PC à des prix élevés et les décisions des grands fabricants concernant leur gamme de production.
Questions fréquemment posées
Quand la RAM DDR5 32 Go en Europe baissera-t-elle réellement de prix ?
La première baisse après le sommet indique une correction, mais ne garantit pas une chute rapide. Si la demande reste faible et que les stocks se multiplient, la pression à la baisse pourrait s’intensifier ; si la tension revient, les prix pourraient se stabiliser à un niveau élevé.
Pourquoi la DDR4 en Chine pourrait-elle chuter plus vite que la DDR5 en Europe ?
La DDR4 est un marché plus « mature » et très sensible aux stocks et à la concurrence. Un changement d’attentes ou une offre plus agressive peut provoquer des ajustements rapides.
Est-il pertinent d’acheter de la RAM maintenant ou d’attendre si l’on monte un PC en 2026 ?
Pour les configurations actuelles, la DDR5 reste la norme. Si le budget est serré, beaucoup surveillent la tendance hebdomadaire : si le marché continue de baisser, attendre pourrait faire économiser ; si la stabilisation intervient, l’économies sera limitée.
La baisse en Chine pourrait-elle entraîner une chute des prix de la DDR4 et DDR5 en Europe ?
Cela pourrait influencer, mais ce n’est pas automatique. Tout dépend du volume importé, de la compatibilité, de la confiance du marché et des réactions des grands distributeurs et fabricants.
source : Reddit