Le marché de la mémoire flash NAND entre dans une phase de hausses perceptibles même en dehors du cercle professionnel. Ce qui, pendant des années, était considéré comme une gamme « abordable » —SSD d’entrée de gamme pour portables, unités SATA pour l’extension d’anciens équipements ou stockage pour boîtiers externes— commence à subir la pression de la même force qui bouleverse tout le hardware en 2026 : l’accélération de la construction d’infrastructures d’intelligence artificielle.
Plusieurs sources du secteur situent le point de basculement vers la fin 2025 et le début 2026. DigiTimes évoque une augmentation des prix de la NAND « jusqu’à 100 % », une fourchette large qui indique que tous les produits ne montent pas au même rythme, mais met en évidence un phénomène clair : les segments grand public, en particulier ceux à faibles marges, sont les plus vulnérables lorsque l’industrie privilégie des contrats plus rentables et prévisibles.
L’explication simple : l’IA « achète » de la capacité avant le consommateur
Ce schéma se répète dans plusieurs catégories de produits. La demande des centres de données (et, dans ce contexte, celle des plateformes d’IA) absorbe de la capacité et pousse les fournisseurs à recentrer la production vers des lignes destinées aux entreprises. Parallèlement, les fabricants de mémoire adoptent une stratégie de « discipline de l’offre » (ne pas inonder le marché de chips pour éviter une chute des prix), ce qui amplifie toute reprise de la demande.
TrendForce, cité par des médias relayant ses analyses, prévoit qu’au premier trimestre 2026 les prix sous contrat pourraient augmenter de 33 % à 38 % dans « toutes les catégories » de NAND flash. Pour les SSD destinés au grand public (les classiques pour portables et PC de bureau), l’analyse indique des hausses supérieures à 40 % trimestriellement, avec un marché de plus en plus polarisé entre consommation et charges liées à l’IA.
Du contrat à la vente : des signes d’augmentation déjà visibles
Bien que les contrats entre fabricants et grands intégrateurs ne se traduisent pas immédiatement par une hausse des prix pour le consommateur final, ce dernier ressent déjà certains symptômes. Une étude des prix au détail en Europe réalisée par ComputerBase a révélé, pour une sélection de modèles populaires, des hausse moyenne de 74,12 % sur les SSD (depuis octobre 2025) et de 46,41 % sur les HDD (depuis septembre 2025), en seulement quelques mois.
De plus, dans le secteur industriel, on parle déjà de mouvements à « longue double chiffre » voire de doublement dans certains cas. Un rapport relayé par DigiTimes mentionnait que le PDG de Phison (fournisseur clé de contrôleurs) disait que le prix d’une puce NAND TLC de 1 To est passé de 4,80 dollars à 10,70 dollars entre juillet et décembre 2025, soit plus du double.
En résumé, le message pour le marché est clair mais alarmant : lorsque le stockage devient un composant stratégique pour l’IA (datasets, checkpoints, pipelines d’entraînement et d’inférence), la NAND cesse d’être une « marchandise bon marché » et commence à rivaliser pour la priorité de fabrication avec des produits plus lucratifs.
Ce que signifie « SSD associé à l’or » (sans exagération)
Le consommateur a tendance à interpréter cette hausse en fonction du « prix par TB », un critère particulièrement douloureux : les modèles de 4 To et 8 To, qui avaient baissé grâce à la pression concurrentielle et à la maturité du marché, deviennent de nouveau des achats « de luxe » pour de nombreux utilisateurs résidentiels. Dans les gammes moyennes et basses, l’impact peut se faire sentir de deux manières :
- Ports d’entrée : réduction de la capacité (moins de GB en série) ou passage à des configurations avec stockage plus lent.
- Extensions domestiques : attractivité diminuée pour upgrader un PC ancien avec un gros SSD ; retour à des combinaisons SSD réduit + HDD.
- NAS domestiques et homelabs : planification plus prudente et achats anticipés pour éviter la dépendance aux pics de demande.
D’autres médias décrivent également ce cycle comme un changement d’équilibre où la pression de l’IA reordonne les priorités et les prix dans toute la chaîne des semi-conducteurs, incluant la mémoire.
Tableau récapitulatif : chiffres clés du marché
| Indicateur (période) | Magnitudes | Ce qu’il reflète | Source |
|---|---|---|---|
| SSD en grande surface en Europe (oct. 2025 → janv. 2026) | +74,12 % | Transmission de la tension sur les prix finaux | ComputerBase |
| HDD en grande surface en Europe (sept. 2025 → janv. 2026) | +46,41 % | Effet de débordement également sur le stockage mécanique | ComputerBase |
| NAND TLC 1 To (juil. → déc. 2025) | 4,80 → 10,70 USD | Doublement au niveau du composant | DigiTimes/Phison |
| Prévisions NAND sous contrat (1T 2026) | +33 % à 38 % trimestriel | Augmentation généralisée selon analyses de marché | TrendForce (via presse) |
| Prévisions SSD « grand public » sous contrat (1T 2026) | > 40 % trimestriel | Pression particulière sur les capacités élevées/QLC limité | TrendForce (via presse) |
Pourquoi le « low-end » est le premier à en souffrir
Dans tout cycle de pénurie ou de réaffectation des capacités, les produits à faible marge deviennent superflus pour le fabricant : ils rencontrent plus de concurrence, se négocient à des prix plus faibles et sont généralement les premiers à disparaître lorsque la demande vise le haut de gamme (entreprises, centres de données, intégrateurs). C’est pourquoi, lorsqu’on évoque des hausses « jusqu’à 100 % », celles-ci sont souvent associées à des gammes spécifiques : unités économiques, lots ponctuels ou catégories où le stock en boutique se vide rapidement et le prix s’enflamme.
Le résultat : un marché plus volatile, avec des promotions de plus en plus courtes, des modèles qui disparaissent en quelques semaines pour revenir à des prix plus élevés par la suite.
Questions fréquentes
Pourquoi les SSD grand public augmentent-ils si l’IA utilise principalement du stockage d’entreprise ?
Parce que la NAND est une chaîne partagée : lorsque les fabricants privilégient des lignes destinées aux entreprises ou « contrôlent » l’offre, la disponibilité pour le grand public diminue, ce qui entraîne une hausse de prix de référence, impactant le catalogue domestique.
Quelles capacités sont les plus exposées à la hausse du prix par TB ?
Normalement, 4 To et 8 To, car la relation coût/TB dépendait beaucoup de la disponibilité de NAND (y compris QLC) et de l’inventaire en boutique avec des prix « anciens ».
Les HDD vont-ils aussi augmenter ou restent-ils une alternative stable ?
Les HDD peuvent continuer à servir d’alternative pour le stockage massif, mais ils peuvent aussi voir leur prix augmenter à cause du déploiement et des changements de demande. En Europe, des hausses notables en vente au détail ont été observées ces derniers mois.
Quand les prix de la NAND pourraient-ils se normaliser ?
Cela dépend de deux variables : la croissance continue de la demande en centres de données et IA, et la décision des fabricants d’accroître leur offre pour le grand public plutôt que de maintenir une discipline de capacité. À court terme, les analyses indiquent une pression prolongée plutôt qu’une correction rapide.