La transition énergétique mondiale s’inscrit en 2026 avec un message dual : les énergies renouvelables continuent de battre des records, mais la progression n’est pas répartie de manière équitable. Sans un accélérateur coordonné, de nombreux pays risquent de passer à côté de ses bénéfices. C’est le point de départ de la 16e Assemblée de l’Agence Internationale pour les Énergies Renouvelables (IRENA), qui se tient du 10 au 12 janvier 2026 à Abou Dhabi (Émirats arabes unis) et constitue la première grande rencontre internationale de l’année sur le thème de l’énergie.
Intitulée “Engager l’humanité : Énergies renouvelables pour une prospérité partagée”, cette Assemblée rassemble plus de 1 500 participants — ministres, délégations de haut niveau des 171 États membres, directeurs généraux, investisseurs, organisations internationales et jeunes représentants — dans le but d’élaborer une feuille de route commune et de définir les priorités de coopération internationale pour l’avenir. Concrètement, IRENA souhaite structurer le débat et le rendre opérationnel : moins de déclarations génériques, davantage de mécanismes permettant de déployer les renouvelables à grande échelle, avec résilience et résultats tangibles.
Réseaux, planification et innovation numérique : le “plafond” ne se limite plus au domaine technologique
Un des axes centraux de l’Assemblée est la reconnaissance récurrente dans les discussions du secteur : le défi ne consiste plus seulement à produire de l’énergie renouvelable, mais à l’intégrer. IRENA identifie les réseaux électriques, la planification énergétique, l’innovation numérique et l’Intelligence Artificielle comme des « facilitateurs cruciaux » pour que la transition ne reste pas à l’état de promesses. La focalisation sur les réseaux n’est pas fortuite. L’électrification de l’économie, le déploiement de nouvelles consommations industrielles et l’apparition de charges intensives — telles que les centres de données et l’industrie de l’IA — obligent à repenser la manière d’investir, d’opérer et de renforcer l’infrastructure électrique.
Dans ce contexte, la digitalisation devient un enjeu structurant : de la prévision de la demande, à l’optimisation de la production variable, en passant par la maintenance prédictive, la gestion de la flexibilité et la coordination d’actifs décentralisés. L’IA n’est plus vue comme une simple tendance, mais comme un outil pour accélérer les décisions et réduire les frictions opérationnelles, notamment dans des systèmes où les délais d’autorisation et de réalisation des travaux entrent en conflit avec l’urgence climatique et la volatilité géopolitique.
Le financement reprend le devant de la scène : du capital vert aux secteurs difficiles à décarboniser
Il est également souligné que la mobilisation de financements à grande échelle est essentielle, incluant souvent des domaines peu visibles dans l’actualité, comme les carburants d’aviation durables. La raison est claire : certains secteurs nécessite des leviers spécifiques et des investissements conséquents pour réduire leurs émissions, car la transition ne peut pas se limiter à davantage d’éolien et de solaire.
Le discours d’IRENA insiste sur un point sensible : malgré la croissance des renouvelables, les progrès restent distribués de manière inégale géographiquement. Cela implique qu’une partie des discussions en 2026 portera sur la mise en œuvre d’une transition non seulement rapide, mais surtout juste, avec des bénéfices tangibles pour les économies en développement, où la résilience énergétique conditionne souvent la stabilité sociale et la compétitivité économique.
Renouvelables pour l’agroalimentaire et l’industrialisation verte
Un autre sujet clé porté par l’agenda est le potentiel des renouvelables pour stimuler les systèmes agroalimentaires et la transition vers une industrialisation verte. Sur le plan politique, cela relie la transition énergétique à l’emploi, la souveraineté productive et la sécurité alimentaire. Sur le plan technique, cela ouvre la voie à des discussions sur l’électrification des procédés, la chaleur industrielle, le stockage, l’hydrogène vert et les solutions hybrides adaptées à chaque région.
L’agenda prévoit aussi des forums et des dialogues entre secteur public et privé, souvent essentiels pour transformer de grandes déclarations en projets concrets. Après des années où la transition a été souvent perçue comme une course à la technologie, IRENA prône désormais une approche davantage “d’écosystème” : réglementation, financement, chaînes d’approvisionnement, gestion des réseaux et mise en œuvre sur le terrain.
“Il est temps de donner un élan mondial” : la tonalité politique de l’Assemblée
Le directeur général d’IRENA, Francesco La Camera, a présenté l’Assemblée comme une réponse à un monde de plus en plus instable : mutations géopolitiques, effets croissants du changement climatique et risques pour la résilience énergétique. Son message insiste sur la nécessité d’une vision optimiste et d’un élan global, tout en reconnaissant un point faible : la répartitions inégale des progrès. La volonté est de mettre en avant des solutions pragmatiques et de nouvelles approches pour libérer le potentiel des renouvelables comme moteur de développement inclusif et de résilience durable, tant dans les pays développés que dans ceux en développement.
Le président de la 15e Assemblée et ministre slovène, Bojan Kumer, a renforcé l’idée qu’IRENA doit être une plateforme de coopération internationale et une “voix claire” en période d’incertitude, en soulignant son rôle clé dans la transition énergétique et la croissance durable.
Lors de la prochaine présidence de la 16e Assemblée, Betty Soto, vice-ministre de l’Innovation et de la Transition énergétique de la République dominicaine, a mis en avant une approche particulièrement pertinente pour les Petits États Insulaires en Développement : transition et résilience comme deux faces d’une même pièce. Elle a cité, à titre d’exemple, l’initiative Sargassum-to-Energy, illustrant comment un engagement national combiné à une coopération internationale peut accélérer le changement, en défendant une transition mondiale “juste et durable” pour protéger les plus vulnérables.
Abu Dhabi Sustainability Week : l’Assemblée en tant que lancement d’une semaine stratégique
La réunion de l’IRENA sert également de lancement à la Semaine de la durabilité d’Abou Dhabi (ADSW), qui se tiendra du 11 au 15 janvier. La synergie est stratégique : le programme de cette semaine met en lumière et facilite la rencontre entre responsables politiques, dirigeants d’entreprises et investisseurs, à un moment où la transition énergétique doit mobiliser capitaux, talents et capacités industrielles.
Parmi les moments forts de l’Assemblée, on remarque le Dialogue de haut niveau du 11 janvier, intitulé “Réimaginer l’avenir énergétique : visions ambitieuses pour une prospérité partagée”, coïncidant avec la Journée mondiale de la transition énergétique. Le 10 janvier, des sessions ministérielles et de haut niveau sont organisées pour favoriser l’échange entre décideurs et orienter les travaux futurs de l’agence.
Avec cette organisation, IRENA ne vise pas seulement une communication institutionnelle. L’objectif pour 2026 est clair : donner des priorités concrètes — accélérer le déploiement des réseaux, mobiliser la finance, utiliser l’innovation numérique et l’IA comme leviers, et relier renouvelables, industrie et agroalimentaire. Le défi est de taille : passer d’un record annuel de déploiement à une mise en œuvre équilibrée, résiliente et socialement durable.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’IRENA et en quoi son Assemblée est-elle cruciale pour la transition énergétique ?
L’IRENA est une agence intergouvernementale dédiée à promouvoir le déploiement des énergies renouvelables. Son Assemblée constitue son organe décisionnel principal, permettant d’aligner les priorités entre États membres, secteur privé et organisations internationales.
Pourquoi insiste-t-on en 2026 sur les réseaux électriques et la planification énergétique ?
Parce que la croissance des renouvelables nécessite d’intégrer une production variable dans des systèmes électriques souvent à renforcer, digitaliser et investir. Sans réseaux et planification adaptés, la transition se ralentira malgré la disponibilité des technologies.
Quel rôle joue l’Intelligence Artificielle dans la stratégie énergétique d’IRENA ?
L’IA est conçue comme un facilitateur pour optimiser la gestion des réseaux, la prévision, la flexibilité, et soutenir la planification, permettant d’accélérer les décisions dans des systèmes de plus en plus complexes.
Quel lien existe-t-il entre l’Assemblée de l’IRENA et la Semaine de la durabilité d’Abou Dhabi (ADSW) ?
L’Assemblée sert de préambule à cette semaine dédiée à la durabilité, réunissant responsables, chefs d’entreprises et investisseurs pour stimuler initiatives, investissements et coopérations internationales en matière de durabilité.
Source : irena.org