Sierra DC a franchi une étape décisive en levant le voile sur l’un des projets d’infrastructure numérique les plus ambitieux annoncés en Espagne ces derniers mois, situé à Esúzar, à quelques kilomètres de Grenade. La société, basée à Marbella et ayant une holding suédoise, a confirmé disposer désormais de la licence pour débuter la construction de la première phase de son campus SP01, un centre de données destiné aux charges d’intelligence artificielle, avec un investissement prévu total de 1 milliard d’euros. Le projet sera implanté dans la CITAI d’Esúzar, un parc d’entreprises et de technologies qui réunit déjà plus de 35 sociétés actives et environ 1 800 professionnels.
Cette annonce revêt une importance particulière pour plusieurs raisons. Elle consolide la présence de la France dans la carte des centres de données en dehors des pôles traditionnels de Madrid et Barcelone tout en plaçant Grenade dans le cadre d’une discussion plus large : la course européenne à la capture d’infrastructures capables de former et d’exploiter des modèles d’IA. Sierra DC présente SP01 non pas comme un centre de données classique à vocation généraliste, mais comme une installation conçue pour des charges à haute densité liées à l’intelligence artificielle, avec une première phase comprise entre 10 MW et 40 MW selon les références publiées jusqu’à présent, et avec une projection de croissance dépassant les 100 MW lors des phases ultérieures. Le site web de la société évoque même une feuille de route qui dépasse cette capacité totale de campus.
Esúzar souhaite s’inscrire dans la carte européenne de l’IA
Le choix d’Esúzar n’est pas anodin. Sierra DC avait déjà argumenté ces derniers mois que Grenade réunissait une combinaison rare de terrain disponible, d’accès à l’énergie renouvelable, d’un climat favorable à la refroidissement et d’espace pour l’expansion. Le développement de la CITAI s’ajoute à cela avec des projets industriels, logistiques et scientifiques majeurs, tels que le grand centre logistique de Lidl, l’agrandissement de Rovi, la présence d’Amazon, ainsi que la proximité de l’IFMIF-DONES, l’un des projets scientifiques les plus significatifs en cours en Espagne.
Ce contexte confère au projet une dimension qui dépasse largement la simple construction d’un bâtiment technologique. Depuis longtemps, la province de Grenade cherche à se positionner comme un pôle d’innovation capable d’attirer des investissements exigeants en énergie, talent et infrastructure. Un campus de cette envergure pourrait devenir un catalyseur pour les fournisseurs technologiques, les opérateurs, l’ingénierie spécialisée et les services associés. Toutefois, cet impact dépendra de la progression réelle du projet et de sa capacité à attirer de gros clients. À ce jour, Sierra DC a indiqué disposer déjà de fonds pour lancer la première phase, et une procédure d’appel d’offres a été lancée pour débuter les travaux cette année.
La société a également souligné la participation de partenaires comme PGI Engineering & Consulting et CBRE dans le développement du projet. Bien que l’annonce ait été accompagnée de messages optimistes quant à la rapidité de mise en œuvre, il est important de faire la distinction entre l’obtention de la licence pour la première étape et la réalisation complète du campus. Sur des projets d’une telle envergure, la construction effective, la connectivité électrique, le calendrier de déploiement et la conquête de clients se font souvent par étapes, et ne progressent pas toujours aussi vite que les premières présentations le suggèrent.
Un centre de données conçu pour des charges de haute densité
Un des aspects les plus innovants du projet réside dans son orientation technique. Sierra DC envisage SP01 comme une infrastructure prête à l’entraînement et à l’exploitation de l’intelligence artificielle, ce qui exige une densité électrique et thermique bien supérieure à celle de nombreux centres de données traditionnels. La société évoque des conceptions dépassant 120 kW par rack, positionnant ainsi le projet dans la discussion actuelle relative aux infrastructures pour GPU et calcul accéléré, où la refroidissement, l’efficacité et la disponibilité énergétique jouent un rôle crucial.
En matière d’efficacité, la société a communiqué un PUE (Power Usage Effectiveness) de conception autour de 1,27, bien que son site fasse aussi état de valeurs proches de 1,29 pour SP01. Cette différence n’altère pas fondamentalement le message, mais invite à faire preuve de prudence quant aux mesures préliminaires jusqu’à ce que l’installation soit opérationnelle et puisse être évaluée dans des conditions réelles. La société assure également que le campus sera alimenté à 100 % par de l’énergie renouvelable, et qu’il sera conçu pour la réutilisation de chaleur, des éléments de plus en plus présents dans les discours sectoriels, même si leur application pratique dépendra de facteurs locaux, de l’intégration industrielle et de la demande thermique dans l’environnement.
Le développement sera par ailleurs déclaré modulaire afin d’éviter une sur-construction, une approche cohérente avec la logique actuelle des grands campus de données : déploiement par phases, ajustement de l’investissement selon la demande et réduction du risque d’inadéquation. Dans un contexte où l’Europe cherche à attirer des capacités pour l’IA sans reproduire certains excès du passé, cette stratégie est pertinente, notamment dans des zones émergentes encore en phase de maturation en tant que marché pour d’importants centres de données.
Le véritable défi demeure l’énergie
Le facteur déterminant pour l’avenir de SP01 ne sera pas seulement la conception ou l’ingénierie, mais bel et bien la disponibilité électrique. DatacenterDynamics avait déjà souligné fin 2025 que le projet était prêt à démarrer, mais que la question de la capacité réelle en puissance à Grenade restait ouverte. En septembre dernier, l’organisation rappelait également que la capacité du réseau demeure l’un des principaux goulots d’étranglement pour la création de nouveaux centres de données en Andalousie, même si Grenade bénéficie d’une position relativement favorable comparée à d’autres provinces de la région.
Cela est crucial car l’essor de l’IA transforme profondément l’économie des centres de données. La simple possession de terrains, connectivité et bâtiments ne suffit plus ; il faut garantir une puissance stable, évolutive et conforme aux délais imposés par les grands clients. Sierra DC affirme que la puissance nécessaire pour la première phase est assurée, mais le vrai enjeu sera lors de la montée en puissance vers des chiffres à trois chiffres en mégawatts. C’est à ce moment que l’on pourra vraiment apprécier si Grenade peut devenir une nouvelle plateforme pour l’infrastructure intensive en IA, ou si son développement sera freiné par les mêmes limites que celles rencontrées dans d’autres régions européennes.
Malgré tout, l’obtention de la licence constitue une avancée concrète. L’Espagne cherche depuis longtemps à renforcer son rôle dans l’économie numérique, non seulement en tant que marché de consommation, mais aussi en tant que territoire capable d’accueillir une infrastructure critique. Si SP01 respecte ses échéances et si sa première phase se déroule avec succès, Grenade pourrait bien passer d’un site prometteur à une référence incontournable dans le paysage de l’intelligence artificielle ibérique.
Questions fréquentes
Où sera construit le centre de données IA de Sierra DC ?
Le projet SP01 sera implanté dans la CITAI d’Esúzar, dans la zone métropolitaine de Grenade, un environnement économique et technologique déjà concentrant plus de 35 entreprises et environ 1 800 professionnels.
Combien Sierra DC investira-t-elle dans son campus de Grenade ?
L’investissement total prévu pour ce campus s’élève à 1 milliard d’euros. La réalisation sera effectuée étape par étape, et la licence obtenue couvre uniquement la première phase du projet.
Quel type de centre de données sera SP01 ?
Sierra DC décrit ce campus comme une infrastructure axée sur les charges d’intelligence artificielle, avec une haute densité par rack et une architecture conçue pour l’entraînement et l’exploitation de modèles avancés, plutôt qu’un centre de données généraliste classique.
Quel est le principal défi pour la croissance du projet ?
La principale difficulté réside dans la garantie d’une capacité électrique suffisante à mesure que le campus s’étend. La disponibilité en énergie demeure l’un des principaux goulots d’étranglement pour le développement de nouveaux centres en Andalousie et en Europe.
source : eleconomista