Gigas renforce son engagement envers les services gérés, l’IA et le cloud souverain pour les PME

Gigas dépasse les attentes avec des revenus de 37,4 millions d'euros au premier semestre de 2024

Gigas cherche à occuper une place de plus en plus visible sur le marché : celle des entreprises de taille moyenne souhaitant se digitaliser — et commencer à intégrer l’Intelligence Artificielle — sans devenir dépendantes des coûts, de la complexité ou de la dépendance aux grands hyper-scalers. Tel est, du moins, l’interprétation qui ressort de l’entretien accordé par Víctor Guerrero, directeur général du groupe, dans lequel il trace les grandes lignes d’une société souhaitant dépasser l’image de simple “IaaS” pour devenir un partenaire technologique à long terme.

Depuis son arrivée dans l’entreprise en mars 2025, Guerrero explique avoir rencontré une équipe technique solide mais avec des marges d’amélioration dans la stratégie de pénétration du marché et dans la manière d’emballer et d’innover pour le client. Au cours de sa première année, il affirme avoir renforcé le comité de direction avec de nouveaux responsables dans des domaines tels que la stratégie, les ressources humaines, la finance et le commercial, avec un objectif clair : accélérer la transition de l’infrastructure vers une offre de services plus complète.

Le soutien d’Inveready : financement et signals stratégiques

Un des jalons récents illustrant cette nouvelle orientation est l’investissement de 7,5 millions d’euros reçu à la fin de 2025. L’opération s’est concrétisée par une émission d’obligations convertibles en actions, arrivant à échéance dans cinq ans. Pour le PDG, il ne s’agit pas seulement de capital : il y voit un soutien à la stratégie de croissance organique et à la vision de transformation du groupe.

Dans l’entretien, Guerrero évoque aussi le poids potentiel de cette conversion dans l’actionnariat, estimée à environ 30 % si elle se réalise selon les modalités prévues. Au-delà du pourcentage, le message qu’il souhaite faire passer est que l’entreprise vise une croissance ciblée — sans exclure les opportunités — tout en évitant que l’organisation se disperse à travers des opérations corporatives “en tant que telles”.

Du “cloud de serveurs” au partenaire : la transition vers les services managés

L’axe central de son discours est le changement de nature du modèle d’affaires. Gigas souhaite cesser d’être perçue comme une société où l’on achète de l’infrastructure — serveurs, sauvegarde, et peu plus — pour devenir un accompagnateur des PME dans un voyage beaucoup plus large : cloud, digitalisation, sécurité, et de plus en plus, Intelligence Artificielle.

Dans cette transition apparaissent des concepts concrets : Services Managés comme offre différenciante, pilotes en Espagne et en Amérique latine, et l’idée que la sécurité ne se limite pas au cloud, mais doit également couvrir les installations propres du client. Dans cette optique, Guerrero mentionne le lancement d’un service doté d’un SOC (Centre Opérationnel de Sécurité), qu’il considère comme un vrai différenciateur, et qui aurait déjà passé des tests clients.

Ce positionnement n’est pas fortuit. De nombreuses PME et entreprises de taille intermédiaire ne disposent pas d’une équipe interne suffisamment mature pour gérer la cybersécurité, la continuité d’activité ou la gouvernance de l’infrastructure. Dans ce contexte, la vente d’infrastructure se limite souvent au prix ; à l’inverse, les services managés se gagnent à travers la confiance, la capacité de réponse et la réduction des risques.

Sauvegarde et disaster recovery : la continuité comme porte d’entrée

La continuité d’activité constitue un second pilier, à la fois par nécessité technique et par opportunité commerciale. Guerrero rappelle que Gigas proposait déjà de l’infrastructure et des sauvegardes, mais il reconnait que le saut vers la “cybersécurité” et les services avancés modifie la nature des échanges avec le client.

Dans ce cadre, il annonce le lancement, en septembre 2025, d’un nouveau service de sauvegarde commercialisable par utilisateur, par entreprise ou par machine. Il évoque également une démarche particulière pour capter la demande réglementaire : un produit de disaster recovery basé sur Google, prévu pour une commercialisation début 2026.

La thèse est claire : certaines organisations utilisant Google, Microsoft ou Amazon dans le cloud, en raison d’obligations réglementaires, doivent disposer d’un fournisseur secondaire pour la reprise après sinistre. Ce besoin — quasi contractuel dans certains secteurs — fait du DR une véritable porte d’entrée pour attirer des clients qui, aujourd’hui, n’utilisent pas nécessairement l’infrastructure de Gigas mais pourraient s’y appuyer comme plateforme de contingence.

L’IA pour les PME : “entre l’utilisateur final et l’hyper-scaleur”

En matière d’Intelligence Artificielle, le CEO esquisse une cartographie avec deux extrémités et une zone intermédiaire. D’un côté, l’utilisateur individuel qui consomme des outils génériques ; de l’autre, les grandes entreprises qui développent leur IA directement avec les hyper-scalers. Entre ces deux mondes, une large frange de PME convainc que l’IA apporte une valeur, mais ne sait pas par où commencer ou redoute les coûts de l’implémenter entièrement sur des plateformes tierces.

Pour ce segment, Gigas annonce le développement d’offres “pratiques” axées sur la démocratisation. L’exemple le plus concret est un outil de gestion du savoir-faire en entreprise, capable d’intégrer la réglementation interne et les changements réglementaires sectoriels, tout en proposant un assistant en langage naturel pour que les employés — et même des tiers comme les clients — puissent consulter des informations pertinentes. Guerrero le relie spécifiquement à une utilisation très concrète : faciliter l’intégration des nouveaux collaborateurs.

Par ailleurs, il mentionne également l’objectif de porter dans le cloud une application d’IA pour SAP Business One en Amérique latine, ainsi qu’un cas d’“assistant virtuel commercial” capable de répondre sur des catalogues et de générer des propositions, destiné aux environnements où le volume de demandes et la nécessité d’uniformiser les réponses augmentent sans que la taille de l’équipe ne suive au même rythme.

Cloud souverain et géopolitique : les données comme condition non négociable

Le quatrième axe est le plus politique, mais aussi celui qui a un impact commercial majeur : la cloud souverain. Guerrero situe cette priorité dans un contexte géopolitique qu’il décrit comme complexe, où la souveraineté des données devient, selon lui, intransigeante. Son message s’adresse aussi bien aux entreprises qu’aux administrations, insistant sur la nécessité de travailler avec des fournisseurs locaux et de maintenir certains données sur le territoire national.

Il évoque également, dans l’entretien, un argument qui reflète un débat récurrent en Europe : le potentiel conflit entre les réglementations européennes sur la vie privée et les obligations imposées par des fournisseurs soumis à la législation américaine. Plutôt que de le présenter comme une situation définitivement acquise, il le considère comme un risque de gouvernance et de sensibilisation que, selon lui, la sphère publique n’a pas encore suffisamment intégré.

Un repositionnement avec comme objectif d’être “le partenaire” de la PME dans sa transition numérique

Le discours de Guerrero présente, globalement, Gigas comme une société souhaitant évoluer d’un fournisseur d’infrastructure vers une couche de services où sont décidés des projets : sécurité managée, continuité, conformité, et applications d’IA orientées vers le business. La volonté de croissance organique, renforcée par la récente levée de fonds, formule un message visant 2026 comme année de consolidation commerciale de cette nouvelle offre.

Pour le marché des PME, cette vision fait sens : la transformation digitale ne consiste plus uniquement à migrer des serveurs, mais à opérer avec résilience, sécurité et capacité à exploiter la valeur des données sans dépendances excessives ou coûts incontrôlables. Gigas souhaite jouer le rôle d’intermédiaire technique rendant ce chemin praticable.


Questions fréquentes

Que signifie qu’un fournisseur propose une “cloud souverain” pour les entreprises et les administrations publiques ?
Cela implique généralement d’assurer la conformité en matière de résidence et de traitement des données, en garantissant leur localisation et leur cadre juridique.

Pourquoi beaucoup d’entreprises ont-elles besoin d’un second fournisseur pour le disaster recovery, même si elles sont déjà dans le cloud ?
Dans certains secteurs, la réglementation et les politiques internes exigent de diversifier les risques : disposer d’un plan de reprise sur une plateforme alternative limite la dépendance à un seul fournisseur et renforce la résilience.

Quels types de cas d’usage de l’intelligence artificielle sont les plus réalistes pour les PME et les entreprises de taille intermédiaire ?
Il s’agit généralement de processus impactant le quotidien : gestion des connaissances, assistants internes pour la conformité et procédures, automatisation commerciale, support client et analyse documentaire.

En quoi consistent les services managés par rapport à la simple souscription à une infrastructure cloud ?
Les services managés incluent la gestion continue (surveillance, sécurité, réponse, maintenance, continuité), permettant au client de ne pas devoir assumer toute la charge technique et organisationnelle en interne.

Source : Entretien avec Víctor Guerrero (Gigas) publié sur elEconomista : stratégie, investissement de 7,5 millions, services et IA.

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