DE-CIX Madrid fête ses 10 ans avec un trafic stabilisé : que se passe-t-il avec les points neutres en Espagne

DE-CIX Madrid fête ses 10 ans avec un trafic stabilisé : que se passe-t-il avec les points neutres en Espagne

En 2026, cela fera dix ans que DE-CIX a lancé son point d’échange neutre à Madrid, une infrastructure qui, aux côtés d’ESPANIX, est devenue une pierre angulaire de l’interconnexion des réseaux en Espagne. Cependant, les courbes de trafic des dernières années révèlent une tendance surprenante : après une croissance explosive post-pandémie, une phase de stabilisation semble s’être installée, avec des pics ponctuels très élevés mais sans une tendance clairement à la hausse.

Bien loin d’être une simple anomalie, ce phénomène ouvre un débat technique et commercial : les opérateurs, fournisseurs de contenu, CDN et entreprises dépendantes de la connectivité doivent se demander si les points neutres perdent de leur importance ou si, simplement, la manière dont circule le trafic sur Internet évolue.

Un record maintenu, mais une moyenne qui stagne

Les graphiques de DE-CIX Madrid sur des fenêtres de cinq ans et d’un an illustrent deux réalités simultanées. D’un côté, le volume d’échange atteint des sommets : le « pic historique » atteint 1,56 Tbit/s, et le trafic « actuel » oscille autour de 1,24 Tbit/s. D’un autre côté, si l’on regarde l’ensemble de la période, la tendance dominante est la stabilisation : la moyenne sur cinq ans s’établit à 590,72 Gbit/s, alors que la moyenne sur la dernière année s’élève à 727,51 Gbit/s, avec des oscillations qui ne confirment pas une croissance soutenue.

Capture d’écran

Concrètement, cela correspond à ce que plusieurs signaux du marché annonçaient déjà : Madrid s’est imposée comme un hub d’interconnexion et un centre de données, mais le trafic ne doit pas forcément « passer » de plus en plus par le point neutre pour améliorer la connectivité nationale. Au contraire, cela peut s’améliorer parce que le trafic emprunte des chemins plus directs.

Ce qui explique le « plafond » du trafic : moins de transit public, plus de routes privées

Il existe une raison structurelle pour laquelle la croissance d’un point d’échange peut se tasser, même si la consommation de données continue d’augmenter : de plus en plus de trafic s’échange en dehors des échanges publics.

En pratique, une part significative du trafic vidéo, réseaux sociaux et téléchargements massifs n’a plus besoin du peering public traditionnel, car il se structure autour de plusieurs axes :

  • Interconnexions privées (PNI) entre grands réseaux (opérateurs, géants du cloud, plateformes de contenu).
  • Cachés intégrés dans les réseaux (serveurs CDN déployés dans des datacenters centraux et métropolitains), qui évitent que le trafic sorte vers un point neutre pour revenir en interne.
  • Stratégies multi-CDN et edge computing, rapprochant le contenu de l’utilisateur final et limitant le besoin d’échanges centralisés.

Le résultat est contre-intuitif : les points neutres restent essentiels pour assurer la résilience, l’efficacité des routages et l’ouverture de l’écosystème, mais leur métrique la plus visible (le débit aggregate) ne croît pas forcément au même rythme que la consommation.

Comparaison avec ESPANIX : pics supérieurs mais même maturité

Les données d’ESPANIX montrent un volume d’échange encore plus élevé, avec pique atteignant environ 2,03 Tbit/s et des valeurs moyennes également importantes, ce qui confirme leur rôle en tant qu’infrastructure de référence dans le pays. Pourtant, la tendance de fond reste la même : l’écosystème en Espagne est désormais mature, avec une croissance répartie entre points neutres, liens privés et caches.

ESPANIX dernière année
Capture d’écran

En réalité, le marché observe depuis un certain temps que le « trafic transité » par ESPANIX dépasse les 2 Tbit/s lors des pics de demande, illustrant l’ampleur réelle de l’échange national, même si l’architecture de l’Internet ne repose plus exclusivement sur le peering public.

L’extinction comme test de résistance : quand le trafic chute à cause d’un événement non numérique

Un exemple récent permet d’interpréter ces vallées anormales : la coupure majeure du 28 avril 2025, qui a touché l’Espagne et le Portugal, a provoqué une cascade de dégradations dans les réseaux d’accès, l’alimentation des équipements et les services de connectivité. Lors de tels événements, ce n’est pas seulement la stabilité électrique qui est mise à mal : les stations mobiles, les équipements en fibre et les nœuds de distribution subissent une chute du trafic total.

Ces épisodes sont importants, car paradoxalement, ils mettent en valeur l’importance des points neutres et des centres de données équipés de plans de continuité solides (énergie, redondance, opérations 24/7). Il ne s’agit pas seulement de « transporter beaucoup de gigabits » mais de maintenir les routes, sessions et services essentiels lorsque l’infrastructure physique est compromise.

Ce que cela implique pour Madrid : moins de « croissance du débit », plus de concurrence dans l’écosystème

Fêter dix ans avec un trafic stabilisé ne signifie pas un retard technologique. Au contraire, DE-CIX Madrid entre dans une phase de marché mature, où la compétition se joue sur d’autres critères :

  • Densité de réseaux interconnectés et facilité pour établir des accords de peering.
  • Capacité totale et qualité opérationnelle (redondance, maintenance, délais de déploiement, support).
  • Effet hub : proximité avec de grands centres de données, disponibilité de fibres métropolitaines et présence d’opérateurs mondiaux.

Dans ce contexte, le « succès » d’un point neutre ne se mesure plus uniquement à la croissance de la courbe, mais à sa capacité à rendre l’Internet local plus abordable, plus rapide, plus résilient, tout en offrant davantage d’options d’interconnexion pour les réseaux de petite et moyenne taille.


Tableau comparatif des indicateurs visibles dans les graphiques

Indicateur (d’après les graphiques) DE-CIX Madrid ESPANIX (dernier rapport)
Pique historique / maximum observé 1,56 Tbit/s 2,03 Tbit/s (max. en entrée)
Moyenne sur la période longue 590,72 Gbit/s (5 ans)
Moyenne sur la période courte 727,51 Gbit/s (1 an) 1,48 Tbit/s (moyenne « max. » en rapport)
Valeur « actuelle » 1,24 Tbit/s 1,65 Tbit/s (dernière valeur « max. »)
Tendance récente Stabilisation avec pics Volume supérieur, avec oscillations saisonnières

Foire aux questions

Qu’est-ce qu’un point d’échange neutre et pourquoi demeure-t-il essentiel malgré le développement du peering privé ?

Un point d’échange neutre (IXP) est une infrastructure facilitant l’échange efficace de trafic entre plusieurs réseaux. Même si le peering privé et le déploiement de caches se sont développés, les IXPs jouent toujours un rôle crucial pour optimiser les itinéraires, réduire les coûts de transit et favoriser une interconnexion étendue sans avoir à négocier une multitude de liens individuels.

Pourquoi le trafic d’un IXP peut-il se stabiliser alors que la consommation Internet continue d’augmenter chaque année ?

C’est parce qu’une part croissante du trafic est désormais gérée en dehors du peering public par des caches intégrés ou des liens privés directs entre grandes organisations. Autrement dit, le volume total de trafic existe mais ne traverse pas nécessairement l’échangeur public.

Quelles implications pour les entreprises et opérateurs si le trafic de DE-CIX Madrid se stabilise ?

Cela indique que la valeur ajoutée se déplace vers la qualité de l’écosystème : nombre de réseaux connectés, facilité de peering, résilience opérationnelle et proximité des centres de données. Pour les entreprises, cela se traduit souvent par davantage d’options pour optimiser latence et coûts, même si le débit global ne progresse pas linéairement.

Comment les grands événements (sportifs, lancements, retransmissions en direct) influencent-ils les pics de trafic dans les points neutres ?

Les pics sont généralement liés à une forte consommation de vidéo OTT et à la diffusion simultanée d’événements en direct. Dans ces moments, la capacité d’interconnexion locale et régionale devient essentielle pour éviter la congestion et les détours par des routes plus longues.

Sources : bandaancha, De-cix et Espanix

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