Dell PowerProtect Data Domain occupe une position de leader parmi les solutions de stockage pour la sauvegarde d’entreprise, notamment grâce à DD Boost, une technologie qui délègue une partie de la déduplication au serveur source pour réduire le trafic réseau vers le stockage et alléger le logiciel de sauvegarde. Son intégration avec Veeam Backup & Replication est particulièrement avancée, mais une comparaison sérieuse doit intégrer certaines nuances : ExaGrid et HPE StoreOnce disposent aussi d’intégrations spécifiques avec Veeam et proposent des architectures différentes, parfois plus adaptées selon le scénario.
Les essentiels en 30 secondes
- DD Boost segmente, filtre et compresse côté gateway, en n’envoyant que les blocs uniques à Data Domain.
- Veeam prend en charge les Fulls Synthétiques Virtuels, le Retention Lock, le chiffrement en transit et d’autres fonctions propres à DD Boost.
- ExaGrid mise sur une Landing Zone non dédupliquée pour accélérer la restauration des points récents, puis déduplique en arrière-plan.
- HPE StoreOnce Catalyst prend aussi en charge la déduplication à l’origine et l’immuabilité intégrée avec les applications de sauvegarde.
- L’atout de Data Domain tient davantage à sa combinaison d’efficacité, de maturité et d’intégration qu’à une supériorité universelle.
Pendant des années, la déduplication a été l’un des principaux arguments en faveur des appliances spécialisées de sauvegarde. Avec des ensembles de données de plusieurs centaines de téraoctets, voire plusieurs pétaoctets, stocker deux fois les mêmes blocs peut faire grimper considérablement la capacité nécessaire et le trafic entre proxys, serveurs de sauvegarde et stockage. Data Domain a répondu à ce problème avec une architecture de déduplication que Dell a enrichie avec DD Boost, dont la vraie différence ne se limite pas à compresser les données à leur arrivée dans l’appliance : il permet une collaboration entre le logiciel qui envoie les données et le Data Domain pour déterminer précisément quelles informations doivent traverser le réseau.
Veeam reconnaît ces avantages dans sa documentation et recommande d’utiliser Data Domain via DD Boost plutôt qu’une simple intégration par protocole de fichiers. Parmi les fonctions prises en charge figurent le Distributed Segment Processing, les Fulls Synthétiques Virtuels, le chiffrement en transit, le contrôle des flux et le Retention Lock.
Ce que DD Boost apporte concrètement avec Veeam
La fonctionnalité la plus marquante est le Distributed Segment Processing. Sans elle, le gateway envoie les blocs à Data Domain, qui effectue segmentation, filtrage et compression sur place ; une fois activée, une partie de ce traitement est déléguée au gateway lui-même, si bien que seuls les segments requis par Data Domain doivent être transférés, ce qui limite le volume envoyé au stockage. L’intérêt est particulièrement net lorsque le dépôt se trouve derrière une bande passante limitée ou quand plusieurs proxys sauvegardent en même temps : moins de données transmises, c’est moins de réseau utilisé et une charge réduite sur l’appliance.
Il faut toutefois éviter les affirmations génériques du type « réduit toujours le trafic de 95 % » : la réduction réelle dépend de la répétitivité des données, du taux de changement, de la rétention, du type d’application, du chiffrement, de la compression et du nombre de sauvegardes.
Les Fulls Synthétiques Virtuels constituent l’autre point fort. Un Full Synthétique traditionnel génère une nouvelle sauvegarde complète en combinant les blocs déjà présents dans le dépôt avec les incréments ultérieurs, une opération qui peut générer beaucoup d’écritures et de lectures sur un stockage classique. Avec Data Domain, Veeam s’appuie sur la technologie de l’appliance pour construire le plein à partir de références existantes, ce qui limite le déplacement physique des données. La documentation de Veeam indique que ces Fulls Synthétiques Virtuels réduisent nettement le trafic réseau et la charge sur le reste de l’infrastructure, et Dell recommande de les programmer chaque semaine dans certains scénarios avec DD Boost.
Cette fonction est particulièrement utile dans les environnements avec des politiques de rétention importantes, un terrain sur lequel Veeam a aussi investi avec Vault Archive. Pouvoir créer de nouveaux points complets sans réécrire physiquement toutes les données réduit l’un des coûts opérationnels majeurs de la sauvegarde.
Data Domain face à ExaGrid : deux philosophies
La comparaison avec ExaGrid oppose souvent la déduplication en ligne (inline) à une architecture avec Landing Zone, mais réduire ExaGrid à l’absence d’intégration avec Veeam serait une erreur : ExaGrid bénéficie lui aussi d’une intégration spécifique avec Veeam. Veeam installe un Data Mover dédié sur l’appliance via l’ExaGrid-Veeam Accelerated Data Mover, et la documentation de bonnes pratiques de Veeam recommande d’ailleurs le mode intégré d’ExaGrid, notamment pour les Fulls Synthétiques, la restauration instantanée ou SureBackup.
L’essentiel se joue dans l’architecture. ExaGrid maintient une Landing Zone où les sauvegardes récentes restent sans déduplication, avant qu’une déduplication adaptative les transfère vers la couche dédupliquée ; cela suppose de réserver de l’espace pour au moins une sauvegarde complète non dédupliquée, Veeam précisant que la Landing Zone doit pouvoir contenir au minimum un plein non compressé et un incrémental. Côté efficacité brute, Data Domain évite d’avoir à conserver cette copie récente en zone séparée. Mais ExaGrid mise sur un autre atout : restaurer rapidement les sauvegardes récentes sans devoir réhydrater une structure dédupliquée.
C’est là toute la différence. Les appliances à déduplication inline excellent pour écrire et conserver de très gros volumes, mais les opérations qui demandent beaucoup de lectures aléatoires peuvent pâtir de la reconstruction des données. La documentation de Veeam reconnaît cette limite globale des appliances à déduplication, tout en notant que certains systèmes avec zone rapide peuvent la contourner. La Landing Zone d’ExaGrid consomme donc de la capacité supplémentaire, mais elle ne se résume pas à un « disque inutile » : c’est un choix architectural qui vise à optimiser certains scénarios de restauration. Pour une entreprise dont la priorité est de maximiser la réduction physique du stockage, Data Domain peut séduire davantage ; pour celle qui privilégie la rapidité de restauration des points récents, l’architecture d’ExaGrid a du sens.
StoreOnce Catalyst, un concurrent direct de DD Boost
HPE StoreOnce mérite une analyse fine car Catalyst partage plusieurs idées avec DD Boost. StoreOnce Catalyst permet de choisir entre déduplication à l’origine et déduplication en destination : grâce à sa politique de transfert en faible bande passante, le serveur qui envoie les données effectue la déduplication et ne transmet que les données uniques au stockage. Affirmer que DD Boost est la seule solution capable de réduire le trafic réseau avant la réception dans l’appliance serait donc inexact.
HPE maintient aussi une intégration spécifique avec Veeam. Catalyst Copy permet de transférer des sauvegardes déjà dédupliquées entre systèmes StoreOnce sans reconstruire ni renvoyer l’intégralité des données originales, et les versions récentes intègrent des mécanismes d’immuabilité contrôlée, via le serveur ou des applications compatibles ISV. HPE recommande d’ailleurs la déduplication à l’origine pour certaines sauvegardes transitant par des réseaux étendus (WAN).
Affirmer que StoreOnce serait « clairement inférieur » à Data Domain en toutes circonstances demanderait des benchmarks indépendants, comparables et réalisés dans des configurations équivalentes. Il n’existe pas de ratio de déduplication universel permettant d’établir une hiérarchie claire entre ces plateformes : une base de données chiffrée qui change beaucoup entre deux sauvegardes peut se dédupliquer très différemment de centaines de VM clonées à partir d’un même modèle. La durée de rétention, la taille des blocs, les applications sauvegardées, la compression et le chiffrement influent tout autant.
Les arguments forts de Data Domain
Mettre de côté les excès commerciaux ne diminue pas ses atouts techniques, cela permet au contraire de mieux cerner où se situe réellement sa valeur. Le premier est la maturité de DD Boost et son intégration avec Veeam : Veeam ne traite pas Data Domain comme un simple stockage accessible via NFS ou SMB, mais exploite grâce à DD Boost des fonctions propres à l’appliance pour filtrer, générer des Fulls Synthétiques, gérer les flux, chiffrer et appliquer l’immuabilité.
Le deuxième avantage concerne la déduplication distribuée : réduire logiquement les données avant leur transfert présente un intérêt évident pour les très gros volumes ou les dépôts distants, même si l’économie effective dépend du workload. Éviter de transporter des segments déjà stockés reste une décision architecturale claire. Le troisième atout est le Retention Lock : Veeam peut configurer l’immuabilité des sauvegardes sur Data Domain, et une fois la durée définie écoulée, les données deviennent inaltérables jusqu’à expiration. Le mode Standard, dit compliance, est simple à mettre en œuvre, tandis que le mode governance demande des réglages supplémentaires. L’immuabilité n’est pas une protection totalement invulnérable : il faut continuer à sécuriser les identifiants, les serveurs de gestion, le réseau, les comptes administrateurs et l’ensemble de la chaîne de sauvegarde.
ExaGrid et StoreOnce offrent eux aussi des mécanismes d’immuabilité, cette capacité n’est donc pas exclusive à Dell. La différence tient une nouvelle fois à l’intégration, à la gestion et à la compatibilité avec le reste de l’architecture.
Plus de déduplication ne veut pas dire moins de TCO
Il faut nuancer une idée reçue : que plus la déduplication est élevée, plus le coût total de possession (TCO) baisse. Le stockage physique requis est une composante majeure, mais pas la seule ; il faut aussi compter le prix de l’appliance, les licences, la maintenance, les extensions, le réseau, l’énergie, le rack, le support, la réplication, la performance de restauration, la durée des sauvegardes et le temps nécessaire pour remettre le service en route après un incident.
Un taux de déduplication élevé doit aussi être évalué avec prudence. Un fournisseur peut afficher des ratios de 10:1, 20:1 ou même 30:1, mais le chiffre qui compte pour dimensionner un projet reste celui basé sur les données réelles du client, pas le meilleur résultat obtenu ailleurs. Deux entreprises protégeant 1 Po logique peuvent ainsi nécessiter des volumes de stockage physique très différents. Il existe également un compromis entre capacité et facilité de restauration : une architecture fortement dédupliquée complique parfois la reconstruction lors d’un restore, alors qu’une Landing Zone consomme plus de stockage mais donne un accès immédiat à une partie récente de la sauvegarde. Le coût par téraoctet reste une donnée utile, mais elle ne suffit pas à elle seule.
Pour les grandes sauvegardes Veeam, Data Domain continue d’offrir une combinaison difficile à ignorer : déduplication globale, traitement distribué via DD Boost, Fulls Synthétiques déchargés vers le stockage, intégration avec le Retention Lock et une plateforme pensée pour la protection de gros volumes. Ce qui explique pourquoi il reste un acteur majeur du marché enterprise, sans pour autant être le seul gagnant incontesté : HPE StoreOnce Catalyst propose une architecture comparable sur plusieurs points, notamment la déduplication à l’origine, tandis qu’ExaGrid sacrifie une part d’efficacité immédiate pour une zone récente non dédupliquée qui favorise la restauration rapide.
Le choix dépend au final du problème prioritaire : fenêtre de sauvegarde, bande passante, densité, rapidité de restauration, immuabilité, réplication, croissance future ou coût opérationnel. Data Domain reste un choix solide quand plusieurs de ces critères se cumulent, et DD Boost demeure probablement l’élément clé pour comprendre pourquoi Data Domain pèse encore autant dans les architectures de sauvegarde d’entreprise.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que DD Boost dans Data Domain ?
DD Boost est la technologie de Dell qui intègre les applications de sauvegarde avec PowerProtect Data Domain et répartit certaines opérations de déduplication entre le serveur d’envoi et l’appliance. Avec Veeam, elle active aussi les Fulls Synthétiques Virtuels, le chiffrement en transit et le Retention Lock.
DD Boost réduit-il le trafic réseau avec Veeam ?
Oui. Le Distributed Segment Processing segmente, filtre et compresse côté gateway, en n’envoyant à Data Domain que les segments nécessaires. Le pourcentage de réduction varie selon les données, sans valeur standard applicable partout.
Data Domain est-il supérieur à ExaGrid pour Veeam ?
Ça dépend des priorités. Data Domain mise sur une déduplication très performante et une intégration profonde via DD Boost, tandis qu’ExaGrid maintient une Landing Zone avec des sauvegardes récentes non dédupliquées pour une restauration plus rapide de ces points.
HPE StoreOnce Catalyst offre-t-il aussi une déduplication à l’origine ?
Oui. StoreOnce Catalyst applique une politique qui déduplique côté source et ne transfère que les données uniques, ce qui en fait un concurrent direct de l’un des principaux atouts de DD Boost.