La cybersécurité avance depuis plusieurs années à deux vitesses : celle des attaquants, toujours plus rapides et organisés, et celle des organisations de petite taille ou aux environnements hérités, qui innovent comme elles peuvent mais ne voient pas toujours venir la menace. Dans ce contexte, Cloudflare et Mastercard ont annoncé une alliance stratégique visant à développer de nouveaux outils de défense conçus pour les petites entreprises, les infrastructures critiques et les gouvernements, avec un objectif clair : réduire les “zones d’ombre” et passer d’une sécurité basée sur la détection à une sécurité axée sur les résultats.
Ce n’est pas un produit prêt à déployer, mais une feuille de route commune : intégrer des capacités de surveillance de la surface d’attaque liées à Mastercard (via Recorded Future et RiskRecon) avec la solution de sécurité applicative de Cloudflare. La promesse est simple : permettre à une organisation de découvrir ce qui est exposé sur Internet, de prioriser les risques et de déployer facilement des protections depuis un environnement unifié, sans avoir besoin de devenir un SOC en une semaine.
Le vrai défi : à mesure que l’entreprise grandit, la surface d’attaque s’étend également
Pour une PME, une municipalité ou un opérateur avec une infrastructure critique, le risque ne se limite plus au « serveur principal » ou « site web d’entreprise ». Aujourd’hui, les couches s’accumulent : fournisseurs tiers, services sous-traités, outils SaaS, anciennes applications évitées parce qu’elles “continuent de fonctionner”, domaines oubliés, environnements de test intégrés en production et surtout, shadow IT (actifs qui existent… mais qui ne sont pas inventoriés ou protégés comme ils le devraient).
C’est là que l’alliance souhaite faire la différence. Selon les annonces, Recorded Future aidera à identifier les domaines ou stacks exposés. Lorsqu’actifs non protégés sont détectés, il sera possible d’étendre immédiatement la protection Cloudflare pour les couvrir. L’approche clé est là : si vous ne savez pas qu’un actif existe, vous ne pouvez pas le défendre. Beaucoup d’incidents graves commencent justement de cette manière.
Un “bulletin météo” de l’état de sécurité : notation A–F et priorités claires
Un des aspects les plus remarquables de cette initiative est la mise en place d’une visibilité continue : une vue à jour de la posture de cybersécurité, avec un système de notation “A–F” basé sur des vérifications de contrôles de sécurité (vulnérabilités, authentification faible, infrastructure exposée, risques liés à des partenaires tiers, etc.). Plutôt que de se perdre dans une mer de constats, le tableau de bord montre ce qui est prioritaire, classé par criticité, avec un contexte pour agir rapidement.
Et c’est là que la démarche devient concrète : aller au-delà du simple diagnostic pour passer à l’action. Depuis le panneau de contrôle de Cloudflare, les organisations pourront activer des contrôles de sécurité — comme un WAF, le chiffrement ou d’autres protections automatisées — pour atténuer immédiatement les risques identifiés. La clé : si la sécurité ne se traduit pas en actions concrètes et rapides, la menace persiste.
Infrastructure critique : la sécurité, un effort collectif et non seulement technologique
Ce partenariat contient aussi un message particulièrement important pour les pays et secteurs soumis à réglementation : la protection des infrastructures critiques ne dépend pas uniquement de la technologie, mais aussi de la coordination. Dan Cimpean, directeur de l’organisme national de cybersécurité de la Roumanie, résume cela d’un point de vue très “terrain” : dans des économies de plus en plus dépendantes du numérique, la résilience nécessite une coopération étroite entre secteur public et privé, entre pays et organisations internationales.
Ce constat rejoint une réalité bien connue de nombreuses administrations : les attaques ne font pas de distinction entre “petit” et “gros”. En réalité, les acteurs malveillants privilégient souvent les cibles avec peu de ressources, car le bénéfice potentiel est élevé et la résistance faible. Cloudflare le résume souvent en disant que ces organisations sont “targets riches mais pauvres en ressources” (beaucoup à attaquer, peu de moyens pour se défendre).
Pourquoi Mastercard est présente (et pourquoi Cloudflare aussi)
Ce n’est plus surprenant qu’une entreprise de paiement joue un rôle majeur en cybersécurité. Mastercard a longtemps renforcé sa capacité d’intelligence et d’évaluation du risque digital ; cela s’est concrétisé notamment par une opération en 2024 pour acquérir Recorded Future, ainsi que par le développement de solutions pour la gestion des risques liés aux tiers et à l’exposition externe. Parallèlement, Cloudflare s’est affirmé comme une plateforme “de bord” combinant connectivité et security pour les applications et services accessibles via Internet.
Ce partenariat illustre une tendance à l’horizon 2026 : la sécurité évolue vers des modèles plus opérationnels, dans lesquels l’importance ne réside plus dans le nombre d’outils installés, mais dans la capacité à identifier, prioriser et agir rapidement. Cela est particulièrement vital pour les organisations qui ne disposent pas de ressources d’intervention 24/7 super sophistiquées.
Ce qu’il faudra suivre : promesses, intégration concrète et défis opérationnels
Comme pour tout projet “en cours de développement”, le succès se mesurera aux détails : comment le système de notation s’intègre dans les processus réels, la précision des détections, la sécurité des automatisations (sans interrompre le service), et la gestion de la complexité des environnements hybrides.
Si la mise en œuvre est efficace, cela pourrait ouvrir l’accès à des pratiques de sécurité avancées à beaucoup plus de petites structures ou de services publics, jusqu’ici considérés comme inaccessibles. À l’inverse, en cas de résultats mitigés, cela restera un accord parmi tant d’autres. Pour l’instant, le message principal est clair : rendre visible l’invisible et faire de la cybersécurité une discipline plus pragmatique et actionnable, notamment pour ceux qui ne peuvent se permettre le moindre faux pas.
Questions fréquentes (FAQ)
Qu’entend-on par “surface d’attaque” dans une entreprise ou une administration ?
Il s’agit de l’ensemble des systèmes, services, domaines, applications et configurations exposés à Internet (ou connectés) pouvant potentiellement être exploitée par un attaquant. Cela inclut les sites web, APIs, services cloud, accès à distance, SaaS, et actifs oubliés.
Pourquoi les PME et les organismes publics sont des cibles fréquentes ?
Parce qu’ils disposent souvent de ressources limitées, d’environnements anciens et d’une visibilité faible. Pour les attaquants, ils représentent une cible “facile d’accès” ou un maillon faible pour infiltration dans des chaînes d’approvisionnement ou des partenaires plus grands.
Que signifie un rating de sécurité de type A–F ?
Utilisé à bon escient, il aide à prioriser : il traduit des découvertes techniques en une information compréhensible permettant de décider quoi corriger en premier, selon le risque réel, l’exposition et la criticité de l’actif.
Cela remplace-t-il un SOC ou une équipe de cybersécurité interne ?
Pas nécessairement. L’objectif est d’apporter des capacités avancées (découverte, priorisation, remédiation) à des organisations qui n’ont pas encore de SOC mature. Dans les environnements complexes, la gestion de la sécurité et la réaction aux incidents resteront essentielles.
source : cloudflare