Chine refroidit le prix de la DDR4 : la correction existe, mais le marché reste tendu

DDR5 : la nouvelle ère de la mémoire RAM est déjà présente

Le marché chinois des composants commence à donner un signe que beaucoup d’intégrateurs et fabricants attendaient depuis plusieurs mois : la mémoire DDR4 amorce une correction à la baisse après avoir atteint des sommets en 2025. Il ne s’agit pas d’un effondrement, mais d’un changement de ton. Selon des commerçants de l’indicateur principal des prix à Shenzhen, Huaqiangbei, certaines références de DDR4 ont enregistré des réductions allant jusqu’à 20% par rapport aux sommets récents. Cependant, cette tendance doit être nuancée : la baisse reste limitée, irrégulière, et surtout, elle intervient après une envolée qui alimentait l’idée d’une bulle.

Une visite d’un journaliste du Securities Times au marché de Huaqiangbei illustre bien l’ambiance : moins de stands ouverts en raison des préparatifs du Nouvel An chinois, des acheteurs plus prudents et des vendeurs évoquant des rafales de “dizaines de yuans”, plutôt qu’une chute structurelle. “La DDR4 a augmenté de cinq ou six fois depuis la fin de l’année dernière ; elle baisse maintenant simplement un peu”, résume l’un des témoignages recueillis. Sur certains modèles, le prix reste autour de 1 800 yuans, avec des comparaisons exagérément spectaculaires (“plus cher que l’or”) illustrant à quel point cette hausse est ancrée dans l’imaginaire technologique.

De la fièvre spéculative au “mode liquidité”

Dans l’écosystème chinois, la saisonnalité joue un rôle clé. Plusieurs acteurs attribuent cette correction à la traditionnelle besoin de liquidité avant les fêtes et à un refroidissement du “hype” après des semaines d’achats à visée spéculative. Rien dans les données de marché ne garantit cependant une vente réelle en volume : certains modèles ont peu de disponibilité, les budgets changent en cours de route, et les cotations fonctionnent davantage comme une ancre psychologique qu’un prix réellement observable.

Ce détail est crucial, car il introduit une idée que le secteur répète de plus en plus : une partie du rallye n’était pas uniquement liée à une demande réelle, mais aussi à une anticipation, un stockage et des attentes de pénurie. La correction peut donc être vue comme une sortie — au moins partielle — du composant purement spéculatif, sans signifier la fin de la problématique fondamentale.

Les effets déjà perceptibles sur le PC : augmentations de 5% à 20% et pics jusqu’à 33%

Alors que l’utilisateur final regarde le prix de la mémoire RAM, les fabricants surveillent le coût total des équipements. Selon ce même reportage en provenance de Chine, certains PC ont déjà entamé des cycles de montées, avec des augmentations de l’ordre de 5% et des prévisions entre 10% et 20% pour les ordinateurs portables de gamme moyenne et basse, tandis que les gammes haut de gamme restent plus stables. Au-delà de la mémoire, la pression s’accroît sur les cartes graphiques et écrans : un important distributeur de marques évoque des augmentations pouvant atteindre 33% après les vacances, voire un relèvement jusqu’à 1 000 yuans du prix des portables gaming.

Dans ce contexte, une correction modérée de la DDR4 ne suffit pas à alléger la chaîne de coûts. Lenovo a d’ailleurs explicitement reconnu que le « défi du stockage » (au sens large des composants de mémoire et stockage) demeure : son PDG, Yang Yuanqing, a estimé que les coûts avaient augmenté de plus de 40% au dernier trimestre, avec une projection d’doublement au premier trimestre 2026.

Le facteur qui maintient le marché “difficile” : centres de données et Intelligence Artificielle

Pour expliquer pourquoi le marché ne s’effondre pas, la réponse se répète : la demande en centres de données et en IA absorbe l’offre. Le rapport chinois décrit un “effet d’aspiration” (une demande qui aspire l’inventaire) vers les infrastructures de données, tandis que la consommation traditionnelle (PC et mobile) perd de son pouvoir de négociation.

Les données de CFM Flash Market confirment cette tendance. En 2025, le marché mondial combiné de DRAM et NAND Flash aurait dépassé pour la première fois les 200 milliards de dollars, en croissance de 32,7% pour atteindre 221,6 milliards. Au quatrième trimestre, la valeur combinée était d’environ 75,5 milliards, tandis que DRAM et NAND progressaient simultanément.

En pratique, cela signifie que, bien que la DDR4 soit une technologie mature, son prix évolue dans un contexte où l’offre est optimisée pour maximiser la marge et le volume dans les secteurs des serveurs, du cloud et de l’IA. Cela n’élimine pas la DDR4 du marché, mais la rend plus sensible à des “pics” de disponibilité ou à des vagues d’achats opportunistes.

Une nouvelle règle du jeu : adieu la négociation trimestrielle, bienvenue à la “tarification dynamique”

Une autre indication de tension structurelle concerne la fixation des prix. Le rapport chinois indique que de grands fournisseurs cherchent à obtenir une plus grande “voix” dans les conditions commerciales : le PDG de SanDisk (Western Digital) a évoqué la possibilité de rompre avec l’ancien système de “négociation trimestrielle”, et des acteurs comme Samsung, SK hynix et Micron envisageraient des clauses de “post-settlement” (ajustements de paiement après livraison, selon le marché). Il s’agirait en pratique d’un passage, d’un cadre stable à des mécanismes plus flexibles et dynamiques.

Pour le canal (grossistes, intégrateurs, fabricants), cette évolution se traduit par une réduction de la prévisibilité : plus de flexibilité mais aussi plus de risque que les coûts réels évoluent rapidement, même après planification.

L’expansion chinoise s’accélère : CXMT et YMTC entrent en scène

Parallèlement, la Chine tente de renforcer son autonomie en matière d’approvisionnement. Le même rapport met en avant deux acteurs clés :

  • CXMT (ChangXin Memory Technologies) sur la DRAM : un plan prévoit de lever 295 milliards de yuans pour améliorer ses lignes de production, investir dans la technologie et la R&D, avec une croissance attendue des expéditions en 2026. La société détient également une part globale de 3,97%, la plaçant comme le quatrième fournisseur mondial de DRAM.
  • YMTC (Yangtze Memory Technologies) sur la NAND : sa troisième phase de développement doit démarrer cette année, dans un programme d’investissement total estimé à 24 milliards de dollars, avec une capacité prévue de 3,6 millions de wafers par an. La montée en puissance pourrait s’accélérer, et sa part de marché NAND aurait dépassé 10% au premier trimestre 2025, avec des projections d’atteindre 13% à terme.

Cependant, ces expansions n’offrent pas un soulagement immédiat : le rapport mentionne que la capacité “supplémentaire” hors plan pourrait ne pas se concrétiser avant la seconde moitié de 2027, même si certains segments pourraient voir des inflexions plus tôt.

Ce que cette correction laisse entrevoir : ce n’est pas la fin de la crise, mais une piste

Selon Huaqiangbei, la Chine ne confirme pas un “krach” de la DDR4, mais une normalisation partielle après une phase où les prix ont été déformés par les attentes et un marché mondial avec des stocks faibles. La demande en centres de données et la course à l’IA continuent de soutenir le marché, tandis que l’industrie se dirige vers des modèles de fixation des prix plus agressifs pour préserver ses marges et maîtriser la volatilité.

Pour les consommateurs et les entreprises, le message est double : des pauses ponctuelles sont possibles, surtout lorsque la spéculation se retire ; mais l’environnement sous-jacent — offre ajustée, priorité aux clients professionnels, et un déploiement plus lent — indique que la mémoire restera une composante “nervose” tout au long de 2026.


Questions fréquentes

Pourquoi la DDR4 a-t-elle monté autant et ne baisse maintenant que “un peu” ?
Parce que la correction intervient après une hausse très forte (les vendeurs parlent d’un multiple de 5 ou 6), et que la baisse actuelle semble liée à une moindre spéculation et à des facteurs saisonniers, plutôt qu’à une offre excédentaire.

Quel rôle joue l’intelligence artificielle dans les prix de la RAM “de toujours” ?
La demande en centres de données déplace la capacité et les stocks vers des produits à marge plus élevée (serveurs et IA), laissant le marché grand public plus exposé à la tension et aux pics.

Que signifie la volonté des fournisseurs d’instaurer des “prix dynamiques” ou des clauses post-livraison ?
Cela implique de passer d’accords plus fixes (par exemple, négociation trimestrielle) à des mécanismes où le prix peut s’ajuster rapidement en fonction du marché, même après la livraison. Ce changement réduit la prévisibilité pour les fabricants et intégrateurs.

Quand le marché de la mémoire pourrait-il véritablement se normaliser ?
Les extensions de capacité prennent du temps : certaines prévisions indiquent que la capacité supplémentaire significative pourrait arriver vers la seconde moitié de 2027, mais des inflexions plus précoces restent envisageables dans certains segments.

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