Alors qu’en Occident l’attention se concentre généralement sur OpenAI, Anthropic ou Google, en Chine se déroule une course tout aussi passionnée : celle de ses trois géants technologiques — ByteDance, Alibaba et Tencent — pour devenir le port d’entrée (“super passerelle”) de la prochaine génération de services numériques. Et, selon un large rapport publié sur Sina, il ne s’agit plus uniquement de modèles linguistiques : ici, se mêlent calcul, produit, distribution, talents… et pouvoir d’écosystème.
Un transfert emblématique : “Cesser de s’entraîner pour l’examen”
Le texte débute avec une scène très précise : l’arrivée chez Tencent de Yao Shunyu, chercheur connu pour avoir co-créé l’approche ReAct (Reason + Act), dont la mission est de comprendre pourquoi le modèle Hunyuan ne donnait pas les résultats espérés. Selon le rapport, Yao aurait critiqué l’équipe pour avoir poursuivi des résultats en rankings, risquant une contamination des évaluations, en améliorant les performances aux tests au détriment de la stabilité dans le monde réel.
Trois stratégies, trois faiblesses
L’analyse esquisse un triangle clair :
- Tencent : historiquement plus prudent, avec un avantage en trafic social (WeChat) et jeux vidéo, mais arrivant tard dans le rythme des assistants IA pour le grand public.
- Alibaba : tente de bâtir une approche “full stack” (modèles + cloud + puces). Le rapport évoque un axe interne type “Tongyi/Cloud/T-Head” et une volonté d’investir durablement dans l’infrastructure.
- ByteDance : voit l’IA comme une opportunité de devenir “le centre du monde” et pousse ses produits avec une mentalité orientée croissance, s’appuyant sur sa vaste machine de distribution et ses formats viraux.
Il convient de souligner que : de nombreux chiffres financiers et opérationnels (budgets, métriques internes, chiffres de campagnes) sont présentés “d’après des sources du rapport” et ne sont pas toujours vérifiables de manière indépendante. Toutefois, ils semblent cohérents avec une réalité observable : Doubao (ByteDance) demeure depuis quelque temps le chatbot IA le plus populaire en Chine en termes d’utilisateurs actifs mensuels, selon une couverture internationale.
Le point de basculement : DeepSeek et le Nouvel An Lunaire comme terrain d’affrontement
Selon Sina, le “avant et après” survient lorsque DeepSeek modifie la perception sectorielle et force des réactions plus agressives. À partir de là, la compétition quitte le laboratoire pour se déplacer dans la vitrine : le Nouvel An Lunaire / Festival du Printemps devient une période de pression maximale sur la capacité, le marketing et la fiabilité des services.
Le rapport décrit, par exemple, les mouvements de produit et de promotion (incitations, intégrations et campagnes) pour capter l’attention des utilisateurs lors des pics de trafic ; et la toile de fond est simple : si votre assistante échoue quand tout le pays l’utilise, vous perdez du momentum.
La véritable course ne se limite pas à “répondre mieux” : c’est la maîtrise du calcul, des données et de la distribution
Un des fils conducteurs les plus intéressants du texte est que la “guerre” se joue à plusieurs niveaux :
- Calcul (GPU / infrastructure) : il est suggéré que les géants opèrent à des échelles excluant généralement les startups, sauf exception rare.
- Talents : la lutte pour attirer les profils clés ressemble à une “guerre de recrutement”, où le timing et le salaire sont cruciaux : “Y a-t-il une place ?” pour participer à des projets influents.
- Écosystème : chez Tencent, l’effet multiplicateur de WeChat ; chez Alibaba, la force du cloud et de sa suite de services ; chez ByteDance, la distribution et le apprentissage de produit à travers la viralité.
Le message de fond est clair : un excellent modèle sans canal de distribution, sans produit et sans infrastructure stable n’est qu’une démo ; avec ces éléments, il devient une plateforme complète.
La question délicate : faut-il ouvrir davantage ou se refermer ?
Le rapport conclut par une réflexion : l’IA peut tout simplifier en une “ boîte de chat” capable d’exécuter des tâches… mais cela concentre aussi le pouvoir entre moins de mains (qu’est-ce que tu vois, ce que tu fais, dans quel ordre). Il la compare à une nouvelle “Tour de Babel” : la promesse d’unifier, avec le risque de verrouiller.
source : Sina