La Russie a franchi une étape opérationnelle importante dans le domaine de l’internet satellitaire nouvelle génération. Bureau 1440, l’entreprise en charge du développement de la constellation Rassvet, a lancé le 23 mars sa première série de 16 satellites opérationnels en orbite basse lors d’une mission que la société a présenté comme le passage de la phase expérimentale à celle de la construction d’un service de communication. Jusqu’à présent, seuls six satellites de test avaient été déployés lors de deux campagnes précédentes.
Ce mouvement ne fait pas encore de Bureau 1440 un concurrent direct de Starlink, mais confirme que Moscou souhaite bâtir une alternative nationale dans un secteur de plus en plus stratégique : la connectivité dans les zones isolées, le transport, l’aviation, les réseaux critiques et les secteurs industriels. La comparaison avec SpaceX permet d’apprécier l’ampleur du défi : Reuters rappelle que Starlink dépasse déjà les 10 000 satellites en orbite, alors que Rassvet en est seulement à sa phase opérationnelle.
Ce que Bureau 1440 a lancé et ses promesses techniques
Le point central du projet ne réside pas uniquement dans le nombre de satellites, mais dans leur architecture. Bureau 1440 affirme que ses satellites fonctionnent comme de des stations de base 5G en orbite, intègrent des liens laser entre satellites et sont conçus pour offrir jusqu’à 1 Gbps avec une latence inférieure à 70 millisecondes. La société soutient également que son réseau pourra fournir un service non seulement aux terminaux fixes, mais aussi aux voitures, navires, trains et avions. En mai 2024, elle a affirmé avoir réalisé la première communication avec un terminal 5G NTN propre et testé des liens laser entre satellites à 10 Gbps.
Cependant, le calendrier reste ambitieux. The Moscow Times et d’autres médias suivant le projet indiquent que ce lancement aurait dû avoir lieu fin 2025, avec l’objectif russe de dépasser 250 satellites en 2027 et 900 d’ici 2035. La société bénéficie d’un financement mixte, combinant fonds publics et capitaux privés, dans le cadre du programme national russe sur l’économie des données. Cela rapproche Rassvet d’un projet stratégique d’État plutôt que d’une simple startup spatiale.
Comparatif : où en est Rassvet face à Starlink, Kuiper et autres réseaux
À ce stade, évoquer « le Starlink russe » sert souvent d’approximation journalistique, mais simplifie beaucoup le marché. Plusieurs modèles cohabitent aujourd’hui : constellations LEO à large bande pour le grand public et les entreprises, réseaux hybrides GEO+LEO, projets encore en déploiement, et systèmes direct-to-device qui ne ciblent pas forcément le même usage. Le tableau ci-dessous résume la situation en mars 2026.
| Projet / Entreprise | Type de réseau | Situation en mars 2026 | Feuille de route / Échelle | Focus principal |
|---|---|---|---|---|
| Bureau 1440 / Rassvet | LEO | Premier lot de 16 satellites opérationnels lancé ; 6 satellites expérimentaux auparavant | Plus de 250 satellites d’ici 2027 ; 900+ pour 2035 | Bande passante satellitaire russe pour l’industrie, le transport, les services publics et la connectivité à distance |
| Starlink / SpaceX | LEO | Réseau commercial entièrement opérationnel | Plus de 10 000 satellites en orbite | Consommation, mobilité, maritime, aéronautique, entreprises et défense |
| Amazon Leo (ex-Project Kuiper) | LEO | Constellation en déploiement | Plus de 3 000 satellites ; déploiement commencé en avril 2025 | Bande passante mondiale à faible latence |
| Eutelsat OneWeb | LEO + intégration GEO | Réseau déjà déployé et opérationnel | Constellation LEO de 600+ satellites ; 440 satellites supplémentaires commandés pour assurer la continuité | Gouvernement, entreprises, opérateurs télécom, maritime, aviation et environnements critiques |
| Telesat Lightspeed | LEO | Pas encore de service commercial | Premiers satellites produits prévus pour décembre 2026 | Entreprises, gouvernements, défense et souveraineté numérique |
| AST SpaceMobile | LEO (direct-to-device) | Premier BlueBird commercial déjà lancé ; nouvelle génération en déploiement en 2025-2026 | Réseau conçu pour connecter des téléphones mobiles classiques par satellite | Téléphonie et transmission directe de données vers smartphones, plus que la large bande fixe |
| Lynk Global | LEO (direct-to-device) | Service commercial autorisé dans une partie des États-Unis ; accords avec des opérateurs | Partenariats avec une cinquantaine d’opérateurs mobiles dans environ 60 pays | Messagerie, voix et données par satellite vers téléphones classiques |
Ce comparatif s’appuie sur les informations disponibles issues des communications des entreprises, notamment Bureau 1440, Reuters, Starlink, Amazon, Eutelsat, Telesat, AST SpaceMobile et Lynk.
Tous ne jouent pas dans la même cour
Ce point est essentiel pour bien comprendre l’avancée russe. Starlink, Amazon Leo, OneWeb et Telesat Lightspeed se concurrencent principalement dans la connectivité à large bande par satellite, avec des stratégies différentes. Starlink domine par son envergure et la rapidité de déploiement ; OneWeb cible davantage les entreprises, gouvernements, la mobilité et les opérateurs télécom ; Amazon poursuit la construction de sa constellation ; Telesat essaie de se positionner avec un réseau davantage axé sur la souveraineté, la défense et les clients institutionnels.
En revanche, AST SpaceMobile et Lynk appartiennent à une autre famille technologique. Leur objectif n’est pas tant de remplacer une connexion fixe ou une station dédiée, mais de fournir voix, messagerie et données à téléphones mobiles classiques sans hardware satellite spécifique. Ce sont aussi des réseaux stratégiques, mais leur vocation n’est pas d’offrir une alternative domestique à la large bande comme Rassvet ou Starlink. Par conséquent, Rassvet prend plus de sens lorsqu’on le compare aux constellations LEO d’offres globales intégrées, plutôt qu’au segment purement direct-to-device.
Ce que ce lancement signifie pour la Russie
Du point de vue technique, le lancement de 16 satellites ne modifie pas encore l’équilibre mondial du marché. Sur le plan stratégique, il est néanmoins significatif. La connectivité orbitale est devenue une infrastructure critique pour la défense, l’énergie, le transport, l’aviation, l’exploitation minière et la continuité opérationnelle. Posséder une constellation propre n’est plus seulement une question technologique, mais une problématique d’autonomie. Dans ce contexte, Rassvet a moins d’importance pour ce qu’il représente aujourd’hui, que pour ce qu’il permettrait d’éviter demain : la dépendance aux réseaux étrangers pour des services cruciaux.
La question n’est pas de savoir si Bureau 1440 pourra rivaliser avec Starlink aujourd’hui, car ce n’est pas le cas. La véritable interrogation concerne la capacité de la Russie à respecter son calendrier industriel, maintenir son rythme de lancements et investir suffisamment pour rendre Rassvet opérationnel avant que le marché ne se renforce autour de SpaceX, Amazon, OneWeb et d’autres constellations en devenir. Pour l’instant, cette opération du 23 mars montre clairement que la course mondiale à l’internet orbital ne se résume plus à deux ou trois acteurs, mais constitue un tableau beaucoup plus large où chaque pays souhaite, au moins, assurer sa propre position.
Questions fréquentes
Combien de satellites Bureau 1440 a-t-il lancé en mars 2026 ?
La société a lancé 16 satellites opérationnels le 23 mars 2026, après avoir testé sa technologie avec six satellites expérimentaux.
Quelle vitesse et quelle latence promet Rassvet ?
Bureau 1440 indique que son réseau est conçu pour fournir jusqu’à 1 Gbps avec une latence inférieure à 70 ms.
Quand Rassvet commencera-t-il ses opérations commerciales ?
Les sources évoquent un démarrage prévu pour 2027, lorsque la constellation devrait compter plus de 250 satellites.
Quelles sociétés ressemblent le plus à Bureau 1440 ?
Les modèles d’affaires les plus proches sont Starlink, Amazon Leo, Eutelsat OneWeb et, à un stade plus précoce, Telesat Lightspeed. AST SpaceMobile et Lynk sont également présents sur le marché satellite, mais avec une orientation plus vers la connectivité directe avec les téléphones mobiles.