Blackwell dominera 2026 et Rubin risque de retard, selon TrendForce

Blackwell dominera 2026 et Rubin risque de retard, selon TrendForce

NVIDIA aborde l’année 2026 confrontée à une paradoxe de plus en plus évidente dans son secteur des accélérateurs pour l’Intelligence Artificielle : la demande demeure extrêmement forte, mais le renouvellement générationnel n’évolue pas aussi rapidement que le laissait penser sa feuille de route. Selon TrendForce, la série Blackwell représentera plus de 70 % des livraisons de GPU haut de gamme de NVIDIA l’année prochaine, tandis que Rubin perd du poids relatif en raison de retards liés à la mémoire HBM4, aux réseaux, à la consommation électrique et au refroidissement liquide.

Cette nouvelle estimation du analyste taïwanais ajuste également la répartition interne des familles de puces NVIDIA en 2026. Blackwell passe de 61 % à 71 %, Rubin chute de 29 % à 22 %, et Hopper diminue de 10 % à 7 %. Bien que cet ajustement ne modifie pas la tendance globale du marché — NVIDIA continuerait à croître fortement dans le domaine des puces IA haut de gamme —, il modifie la composition réelle de l’architecture qui soutiendra cette croissance. De plus, TrendForce a légèrement revu à la baisse la croissance annuelle des expéditions de GPU haut de gamme, passant de 26,8 % estimé précédemment à environ 26 %.

Blackwell devient le pilier principal de l’activité

Ce qui est le plus marquant dans ce rapport, ce n’est pas seulement que Blackwell prenne de l’ampleur, mais surtout pourquoi il le fait. TrendForce attribue cette avancée à la maturité accrue de la plateforme et à la popularité des configurations intégrées GB/VR en format rack, qui augmentent la densité de puces par système. Parmi cette famille, l’attention se porterait principalement sur GB300 et B300, tandis que GB200 et B200 continueraient à jouer un rôle lors de la seconde moitié de 2026, en raison des commandes déjà signées et d’une demande plus sensible au prix de la part des clients.

Ce diagnostic correspond à la propre stratégie de NVIDIA. Lors du GTC 2026, la société a souligné le rôle de Blackwell Ultra GB300 comme fondement de sa nouvelle génération de systèmes et a même présenté une version de bureau avec 748 Go de mémoire cohérente et jusqu’à 20 pétaflops de performance FP4 pour les charges IA avancées. Bien que ce ne soit pas exactement le même marché que celui des racks pour centres de données, cela confirme que Blackwell Ultra constitue la plateforme sur laquelle NVIDIA construit le pont entre développement local, inférence avancée et déploiement à grande échelle.

De cette façon, Blackwell ne fonctionne pas seulement comme une étape transitoire. Il devient la plateforme qui soutiendra une grande partie de l’activité, en attendant que Rubin puisse enfin surmonter ses obstacles. Pour NVIDIA, cela n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle à court terme, car la demande reste forte et la plateforme est déjà bien implantée. Toutefois, cela pourrait retarder, au moins partiellement, le moment où Rubin pourra réellement prendre le relais avec la croissance attendue.

Rubin face aux défis de HBM4, du réseau et de l’énergie

Selon TrendForce, le principal problème de Rubin réside dans la chaîne d’approvisionnement et l’intégration du système. Quatre fronts sont évoqués : le délai nécessaire pour valider HBM4, la transition technologique de CX8 à CX9, une consommation électrique considérablement accrue, et la nécessité d’optimiser le rendement avec des solutions de refroidissement liquide plus avancées. Ces facteurs expliqueraient la réduction de sa part prévue dans les expéditions de GPU haut de gamme en 2026.

Ce scénario ne paraît pas dénué de sens lorsqu’on le confronte aux calendriers officiels et à d’autres données du marché. Déjà en février, TrendForce indiquait que les trois principaux fabricants de mémoire — Samsung, SK hynix et Micron — étaient encore en phase finale de validation pour HBM4, dont la commercialisation n’était pas prévue avant le second trimestre 2026. Par ailleurs, NVIDIA a clairement indiqué lors de la présentation officielle de Rubin que cette plateforme intégrait ConnectX-9 SuperNIC, HBM4, et une nouvelle architecture système très différente de celle de Blackwell, ce qui complique l’installation industrielle.

Il est important de préciser que Rubin ne disparaît pas du paysage ni ne devient un échec. NVIDIA le présente toujours comme la prochaine grande plateforme pour ses usines d’IA, avec des promesses de coûter jusqu’à dix fois moins par token en inférence par rapport à Blackwell, et un écosystème de clients importants déjà alignés autour de cette nouvelle génération. Ce qui change, ce n’est pas la valeur stratégique de Rubin, mais la rapidité avec laquelle il pourra réellement gagner des parts de marché en 2026.

Hopper voit sa part diminuer et la géopolitique continue de jouer un rôle

Le troisième point de cet ajustement concerne Hopper. TrendForce réduit sa part envisagée de 10 % à 7 %, en lien avec l’incertitude géopolitique persistante, notamment concernant le H200. La société souligne explicitement que les délais de livraison dépendront de l’évolution futur des relations entre les États-Unis et la Chine. Cela montre que l’activité de NVIDIA ne dépend pas uniquement de l’ingénierie ou de la production, mais aussi d’un environnement réglementaire qui continue de restreindre ce qui peut être commercialisé, à qui et selon quel calendrier.

Cela explique pourquoi la composition des produits NVIDIA en 2026 s’oriente davantage par contraintes pratiques que par choix commercial. Blackwell gagne du terrain car il est plus prêt pour une production à grande échelle. Rubin reste la grande innovation technologique, mais rencontre des défis d’intégration plus complexes. Quant à Hopper, qui aurait encore pu maintenir une certaine activité dans certains marchés, il doit faire face à cette instabilité géopolitique. En définitive, la part de Blackwell devient plus concentrée que prévu il y a quelques mois.

Inférence, gamme moyenne et edge : la autre bataille de NVIDIA

TrendForce souligne également une tendance intéressante : NVIDIA ne se contente pas de renforcer sa position dans l’entraînement, mais pousse également son influence dans l’inférence. Selon la consultante, la demande pour ses nouvelles solutions LPU pourrait atteindre plusieurs centaines de milliers d’unités en 2026, avec une doublement prévu en 2027. Par ailleurs, l’entreprise accroît sa présence sur les marchés de gamme moyenne, d’entrée et edge, à travers des familles comme RTX PRO 4500 et 6000, visant à augmenter la proportion de produits de moyenne et basse gamme au-delà de 32 % des envois totaux en 2026.

Cela montre que la stratégie de NVIDIA ne repose plus uniquement sur la vente des accélérateurs les plus coûteux. Elle doit continuer à dominer le haut du spectre de l’entraînement, mais aussi capturer une part beaucoup plus grande du marché de l’inférence et des déploiements distribués. Dans ce contexte, le gain de temps et de poids de Blackwell pourrait même profiter à NVIDIA, en lui permettant de consolider une base plus large avant que Rubin n’atteigne son plein potentiel.

En résumé, le rapport de TrendForce ne remet pas en cause la position de leader de NVIDIA dans l’IA, mais évoque une réalité plus ambivalente : l’entreprise continuera de croître en 2026, en s’appuyant plus qu’anticipé sur une plateforme mature, et moins que souhaité sur la prochaine grande étape. Dans un marché où chaque transition architecturale nécessite de nouvelles couches de mémoire HBM, des réseaux plus rapides, plus de refroidissement liquide et une consommation électrique accrue, ces ajustements deviennent la nouvelle norme.

Questions fréquemment posées

Quelle part de marché des expéditions de GPU haut de gamme Blackwell devrait représenter en 2026 selon TrendForce ?
TrendForce prévoit que Blackwell représentera 71 % des expéditions de GPU haut de gamme de NVIDIA, contre 61 % dans ses prévisions précédentes.

Pourquoi Rubin perd-il du poids dans les prévisions pour 2026 ?
Selon TrendForce, en raison de retards liés à la validation de HBM4, la transition de CX8 à CX9, la hausse de la consommation électrique et la nécessité d’optimiser la plateforme avec un refroidissement liquide plus avancé.

Hopper est-il également impacté dans la révision de TrendForce ?
Oui. La société réduit sa part prévue de 10 % à 7 %, en lien avec l’incertitude géopolitique, notamment sur les délais liés au H200, en particulier la politique entre États-Unis et Chine.

NVIDIA mise-t-elle encore uniquement sur l’entraînement IA ?
Non. TrendForce indique que NVIDIA accélère aussi sa croissance dans l’inférence et dans les segments de gamme moyenne, entrée et edge, avec l’objectif que ces produits représentent plus de 32 % des expéditions totales en 2026.

via : trendforce

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