Apple passe à l’action dans l’IA : ses propres puces serveur et alliance stratégique avec Gemini

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Apple cherche à résoudre simultanément deux équations qui se heurtent presque toujours dans le domaine de l’intelligence artificielle : avancer rapidement sans perdre le contrôle. À court terme, la société accepte une réalité inconfortable pour quiconque aspire à dominer sa propre plateforme : pour que Siri et Apple Intelligence réalisent un bond crédible, il peut être nécessaire, au moins temporairement, de s’appuyer sur des modèles à la pointe fournis par des tiers. Parallèlement, Apple accélère sa stratégie qu’elle maîtrise bien : l’intégration de matériel, logiciel et services avec sa propre technologie, cette fois avec un objectif clair dans le domaine de l’IA : les puces serveurs pour l’inférence.

La manifestation la plus visible de cette stratégie hybride est arrivée avec l’annonce d’une collaboration entre Apple et Google. Dans un communiqué conjoint diffusé en 2024, les deux entreprises ont indiqué que « la prochaine génération de Apple Foundation Models sera basée sur les modèles Gemini de Google et la technologie cloud », soulignant également leur engagement en matière de confidentialité, en précisant que les données des utilisateurs ne seraient pas utilisées pour entraîner les modèles. Ce mouvement a été interprété comme un « pont » permettant de soutenir l’évolution d’expériences comme Siri, tout en laissant le temps à Apple de mûrir son propre stack d’IA.

Mais Apple ne semble pas vouloir rester dépendante indéfiniment. La société a déjà montré dans d’autres transitions — comme le passage d’Intel à Apple Silicon ou dans sa transition vers la 5G — qu’elle préfère « louer » des solutions pour le temps nécessaire. En IA, l’incitation est encore plus forte : le modèle et l’expérience ne sont plus une couche supplémentaire du produit, mais le moteur qui définit ce que le dispositif peut faire, comment il s’intègre au système d’exploitation et la valeur perçue par l’utilisateur.

C’est dans cette optique que s’inscrit le second mouvement : des puces serveurs conçues par Apple pour l’IA. Selon Reuters, Apple collaborait avec Broadcom sur un processeur destiné aux serveurs d’IA, nommé en code « Baltra », avec une entrée en production prévue pour 2026. L’objectif n’est pas de remplacer le traitement sur l’iPhone ou le Mac, mais de renforcer l’inférence côté backend : répondre aux requêtes, exécuter les modèles, filtrer et organiser l’information, tout en supportant les pics de demande avec des coûts et une consommation plus prévisibles.

Le choix de Broadcom n’est pas anodin. Dans l’écosystème des centres de données, Broadcom joue un rôle majeur dans l’interconnexion, les réseaux et le silicium spécialisé. Pour Apple, disposer d’un partenaire de cette envergure peut réduire la durée du passage de l’idée à la déploiement concret, notamment lorsque le goulet d’étranglement dans le secteur ne se limite pas uniquement à la GPU, mais concerne aussi l’énergie, la refroidissement, l’emballage avancé, le rendement par watt et la logistique pour faire évoluer les capacités sans exploser le budget.

Ce plan de silicium propre s’aligne avec un autre axe déjà évoqué par Apple : une infrastructure de « Private Cloud Compute » intégrée à Apple Intelligence. La société a défendu que certaines tâches d’IA soient exécutées sur l’appareil, et que seules celles nécessitant plus de puissance soient déportées dans le cloud, selon une approche plus contrôlée. À ce titre, plusieurs annonces concernant des investissements industriels aux États-Unis incluent des projets de fabrication de serveurs à Houston, destinés à cette couche de calcul privé, avec des livraisons prévues à partir de 2026. Le message est clair : Apple veut que la partie « cloud » de son IA soit, en philosophie, aussi intégrée, auditable et conçue en interne que sa partie « on-device ».

Sur le marché, cette évolution a des implications qui dépassent le seul cadre d’Apple. Si les puces « type Baltra » réussissent, cela renforce une tendance qui redéfinit déjà le secteur : les grandes plateformes veulent maîtriser le coût unitaire de chaque réponse IA, la consommation électrique par inférence, et la latence de bout en bout. Il ne s’agit pas seulement d’une course de modèles, mais d’une compétition d’infrastructures.

Il existe aussi un enjeu de réputation : lorsqu’une entreprise promet une expérience IA « native », la pression pour respecter ces engagements est immense. En 2026, il ne s’agira plus seulement de faire fonctionner l’IA, mais de le faire rapidement, avec un bon contexte, des réponses utiles et en garantissant la confidentialité. D’où la stratégie pragmatique d’Apple : une alliance tactique pour gagner du temps, combinée à une intégration verticale pour ne pas rester piégée.

En résumé : Apple évolue à deux vitesses. En interface, elle cherche à accélérer ses capacités avec le soutien de Gemini. En infrastructure, elle prépare le terrain pour que sa propre IA soit durable à grande échelle : serveurs, efficacité, maîtrise des coûts et silicium en propre. Si le plan aboutit, la « IA d’Apple » cessera d’être une simple fonctionnalité pour devenir une plateforme complète, avec le même ADN qui a permis la réussite d’Apple Silicon.


Questions fréquemment posées (FAQ)

Qu’est-ce qu’une puce serveur pour l’inférence en IA et pourquoi est-ce important ?
C’est le processeur qui exécute les modèles déjà entraînés pour générer des réponses (inférer). Son importance réside dans le coût par requête, la latence, la consommation électrique et la capacité à gérer un grand nombre d’utilisateurs simultanément.

Que signifie qu’Apple utilise Gemini tout en développant ses propres puces ?
Cela signifie qu’Apple cherche à gagner en rapidité à court terme avec des modèles de pointe, tout en conservant un contrôle à moyen terme sur l’infrastructure et le silicium, réduisant sa dépendance technologique et optimisant ses coûts.

En quoi l’IA « on-device » diffère-t-elle de celle déployée dans le cloud chez Apple Intelligence ?
L’IA « on-device » s’exécute directement sur l’appareil, offrant plus de confidentialité et une latence réduite. L’IA dans le cloud est réservée pour des tâches plus exigeantes, avec Apple proposant d’utiliser une couche de calcul privé afin maintenir les standards de sécurité et de confidentialité.

Quand les puces de serveur « Baltra » pourraient-elles entrer en production ?
Selon Reuters, l’objectif était fixé à 2026, bien que les calendriers de fabrication puissent être modifiés en fonction des capacités et priorités de production.

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