AMD a dévoilé une nouvelle famille de processeurs x86 embarqués, conçus pour exécuter des charges de travail en Intelligence Artificielle directement en périphérie, là où les données sont générées et où la latence ainsi que la consommation d’énergie sont prioritaires : dans les véhicules, sur les lignes de production ou au sein de systèmes autonomes devant réagir en temps réel. La société, basée à Santa Clara (Californie), a annoncé la gamme AMD Ryzen AI Embedded, un portefeuille débutant avec les séries P100 et X100. Ces solutions combinent sur une seule puce trois composants qui, jusqu’à récemment, étaient généralement mandatories séparément : une CPU “Zen 5”, une GPU RDNA 3.5 et une NPU XDNA 2.
L’objectif, selon AMD, est clair : plus de performance et une capacité accrue pour l’IA “sur l’appareil” sans complexifier le système. Dans les secteurs de l’automobile et de l’industrie, cet aspect est essentiel. Dans un cockpit numérique modernisé — avec instrumentation, système d’infodivertissement, assistants vocaux et étendues d’écrans multiples — comme dans une installation industrielle où cohabitent vision artificielle, contrôle déterministe et graphiques en temps réel, chaque composant supplémentaire augmente le coût, complique l’intégration et accroît les risques de défailles potentielles.
Salil Raje, vice-président senior et directeur général d’AMD Embedded, résumait cette tendance ainsi : à mesure que les industries évoluent vers des expériences plus immersives et une intelligence locale renforcée, elles ont besoin d’une puissance accrue sans architecture trop complexe. Les Ryzen AI Embedded visent à répondre à cette demande en intégrant calcul général, graphismes et accélération IA dans un format compact, idéal pour des déploiements exigeants.
Deux familles, une même philosophie : IA locale avec contrôle déterministe
Le lancement se décline en deux gammes :
- Serier Ryzen AI Embedded P100 conçue pour l’expérience en véhicules et l’automatisation industrielle.
- Série Ryzen AI Embedded X100, offrant un nombre accru de cœurs et davantage de capacité pour des scénarios d’“IA physique” et de systèmes autonomes plus sophistiqués.
En pratique, AMD manifeste un changement de cap : l’IA ne se limite plus à opérer dans un centre de données ou dans le cloud, mais s’étend également aux systèmes nécessitant vision, décision et action en faible latence, même en l’absence de connexion ou avec une connectivité intermittente. Dans ce contexte, une NPU dédiée — comme la XDNA 2 — devient essentielle pour supporter des inférences avec une consommation maîtrisée.
P100 : Cockpits digitaux, interfaces HMI et écrans 4K à 120 fps
Le premier modèle lancé est le P100 Series, avec 4 à 6 cœurs, optimisé pour les cockpits numériques de nouvelle génération et les interfaces HMI (interface homme-machine). Selon AMD, cette plateforme offre une hausse de performance par rapport à la génération précédente : jusqu’à 2,2× d’amélioration en performance d’un ou plusieurs threads par rapport à la génération antérieure, tout en conservant un contrôle déterministe — une nécessité dans les environnements où des composants critiques cohabitent avec des applications graphiques exigeantes.
Du point de vue des caractéristiques physiques et opérationnelles, le message cible en particulier les intégrateurs confrontés à des contraintes réelles :
- Encapsulés BGA de 25 x 40 mm, pour des systèmes à espace limité.
- Plage de consommation de 15 à 54 W, adaptée aux contraintes thermiques.
- Support pour des environnements allant de –40 °C à +105 °C, standard dans l’industrie automobile et l’automatisation.
- Focus sur des cycles de vie longs, avec des perspectives jusqu’à 10 ans.
Ce qui rend cette offre particulièrement tangible, c’est sa capacité graphique. La GPU RDNA 3.5 intégrée, selon AMD, affiche une augmentation de 35 % des performances en rendu par rapport à la Ryzen Embedded V2A46 lors de tests internes, et est conçue pour alimenter jusqu’à quatre écrans 4K (ou deux 8K) à 120 images par seconde simultanément. Pour un véhicule doté de plusieurs écrans — tableau de bord, écran central, affichage du copilote et panneaux auxiliaires — cette capacité se traduit par une marge supplémentaire pour des interfaces fluides et des graphiques complexes, sans surcharge du reste du système.
En complément, AMD intègre aussi un moteur de décodage vidéo, optimisé pour la lecture et la diffusion en streaming avec une faible latence, tout en ménageant la CPU. Ceci répond aux besoins actuels en matière d’infodivertissement et d’affichage avancé.
XDNA 2 : jusqu’à 50 TOPS pour une inférence à faible latence
Le troisième pilier de la puce, et celui qui donne son nom à la gamme, c’est la NPU. AMD indique que le XDNA 2 est capable d’atteindre 50 TOPS (trillions d’opérations par seconde) et d’obtenir jusqu’à 3 fois plus de performance d’inférence que la précédente famille Ryzen Embedded 8000 en termes de TOPS maximums.
Plus qu’un simple chiffre, la stratégie d’AMD s’appuie sur des cas d’usage précis : modèles compatibles comme vision transformers, LLM légers et CNN, avec l’objectif de fusionner des signaux divers — voix, gestes et indices de l’environnement. Dans une voiture, cela permet d’avoir des assistants réactifs et une interaction multimodale dans l’habitacle. En industrie, cela favorise l’analyse visuelle en temps réel, la détection d’anomalies ou l’inspection automatique — sans devoir transférer chaque image vers le cloud. Enfin, en « IA physique », ces puces apportent perception et réaction pour des robots et systèmes autonomes.
Virtualisation ouverte avec Xen pour une séparation sûre des environnements
Un des aspects les plus innovants de cette annonce ne réside pas uniquement dans le silicium lui-même, mais surtout dans le logiciel. AMD assure que les Ryzen AI Embedded s’appuient sur un environnement de développement unifié intégrant une pile Software pour CPU, GPU et NPU : bibliothèques optimisées pour le calcul CPU, API ouvertes pour le GPU, et un runtime natif pour XDNA via Ryzen AI Software.
Sur le plan architectural, la société met en avant une architecture de virtualisation open source basée sur le hiperviseur Xen, conçue pour isoler efficacement plusieurs domaines système d’exploitation. L’exemple donné par AMD est révélateur de ses ambitions pour l’automobile et l’industrie :
- Yocto ou Ubuntu pour l’HMI.
- FreeRTOS pour le contrôle temps réel.
- Android ou Windows pour des applications plus avancées.
Tout cela, selon AMD, fonctionne en parallèle et en isolation, ce qui simplifie la conception de systèmes combinant des exigences de sécurité, de temps réel et de multimédia de haute qualité. La société évoque également une architecture en capacité d’atteindre le niveau ASIL-B, avec des références aux certifications AEC-Q100, conditions habituellement requises pour intégrer ces composants dans la chaîne d’approvisionnement automobile en garantissant leur sécurité fonctionnelle et leur fiabilité.
Calendrier : proto déjà en test, production prévue au second trimestre
Concernant la disponibilité, AMD indique que les P100 de 4 à 6 cœurs sont déjà en phase de mise en échantillons pour clients en early access, avec des outils et documentation disponibles, et que la production en série est programmée pour le second trimestre. La société prévoit aussi des P100 de 8 à 12 cœurs destinés à l’automatisation industrielle, dont le démarrage des tests est attendu au premier trimestre. La série X100, pouvant aller jusqu’à 16 cœurs, devrait commencer ses essais dans la première moitié de l’année.
En résumé, AMD ambitionne de conquérir un espace de marché en pleine expansion : celui des processeurs embarqués, capables non seulement de contrôler et visualiser, mais aussi de « raisonner » localement. Sur l’edge, où chaque milliseconde et chaque watt comptent, l’intégration de CPU, GPU et NPU sur une seule puce peut s’avérer aussi cruciale que la puissance brute.
Questions fréquemment posées
À quoi sert un processeur Ryzen AI Embedded dans un cockpit numérique de voiture ?
Il est destiné à exécuter, sur une seule puce, des graphiques en temps réel pour plusieurs écrans (instrumentation et infodivertissement) ainsi que des fonctions d’IA locales, telles que l’interaction vocale ou l’analyse contextuelle, avec un design adapté aux plages thermiques et cycles de vie propres à l’automobile.
Que signifie que la NPU XDNA 2 atteigne 50 TOPS dans un système embarqué ?
Cela correspond à une capacité d’accélération dédiée pour l’inférence de modèles IA à faible latence et avec une consommation énergétique maîtrisée, convenant à des tâches comme la vision artificielle, les assistants locaux et l’analyse en temps réel, sans dépendre de la connexion au cloud.
Quels sont les avantages de la virtualisation avec Xen pour l’automobile et l’industrie ?
Elle permet d’isoler plusieurs systèmes d’exploitation et domaines (par exemple, HMI sous Linux, contrôle en temps réel sous FreeRTOS, applications sous Android ou Windows), favorisant une coexistence plus sûre tout en réduisant le risque qu’un composant affecte un autre.
Quand seront-ils disponibles et en quoi le P100 diffère-t-il du X100 ?
Les P100 de 4 à 6 cœurs sont déjà en phase d’échantillonnage, avec une production prévue pour le second trimestre. Les X100, avec jusqu’à 16 cœurs et orientés vers l’« IA physique » et les systèmes autonomes plus complexes, devraient commencer leur phase d’évaluation dans la première moitié de l’année.
Sources : AMD