Amazon souhaite que son projet Leo rivalise directement avec Starlink, non seulement sur le marché de l’accès à Internet par satellite, mais également dans celui de la connectivité mobile directe à l’appareil (Direct-to-Device ou D2D). La société a sollicité l’autorisation de la Federal Communications Commission (FCC) aux États-Unis pour déployer une constellation de jusqu’à 5 105 satellites en orbite terrestre basse, capable d’offrir des services de voix, de données, de messagerie et d’urgence directement aux téléphones mobiles compatibles. Le déploiement pourrait commencer en 2028 et utilisera le spectre mobile acquis lors de l’achat de Globalstar.
Les clés du réseau 5G NTN de Amazon Leo en 20 secondes
- Amazon souhaite déployer une constellation D2D de 5 105 satellites en orbite basse.
- Le service permettra de connecter des mobiles compatibles sans dépendre d’antennes terrestres.
- Leo utilisera le spectre de Globalstar, en complément des accords avec des opérateurs.
- Le réseau intégrera des liaisons laser entre satellites et un traitement du signal en orbite.
- Le déploiement débutera en 2028, en concurrence directe avec Starlink et AST SpaceMobile.
Amazon développe déjà un réseau de haut débit par satellite pour les foyers et les entreprises, mais l’étape suivante consiste à étendre cette infrastructure afin que les téléphones puissent se connecter directement au satellite en l’absence de couverture terrestre.
Il ne s’agit pas uniquement d’envoyer des messages d’urgence. L’entreprise évoque l’offre de voix, messagerie, données et services critiques via des terminaux compatibles avec le 5G NTN (Non-Terrestrial Networks), la norme définie par le 3rd Generation Partnership Project (3GPP) pour intégrer réseaux mobiles terrestres et satellitaires.
Du SOS par satellite à un réseau mobile complet
La connectivité directe entre téléphones et satellites a déjà commencé, mais elle en est encore à ses débuts.
Des services comme Emergency SOS d’Apple, certaines solutions de Starlink Direct to Cell ou les réseaux de AST SpaceMobile permettent des communications basiques lorsque l’utilisateur est hors de portée des antennes classiques.
Dans la majorité de ces cas, la vitesse est limitée et la communication nécessite de garder une ligne de vue relativement dégagée vers le ciel pendant plusieurs secondes, voire minutes. En outre, de nombreuses solutions dépendent du spectre radio temporairement cédé par des opérateurs mobiles nationaux.
La deuxième génération arrivera avec le 5G NTN, initialement intégré dans la Release 17 du standard 3GPP, puis étendu dans les Releases 18 et 19.
Les nouveaux téléphones compatibles intègrent des chipsets conçus pour compenser la distance accrue avec les satellites, le décalage Doppler et autres effets propres à ce type de liaison.
L’objectif est d’approcher progressivement l’expérience utilisateur de celle d’un réseau mobile conventionnel en bandes basses, tout en reconnaissant que des différences importantes subsisteront en termes de capacité et de latence par rapport à une station de base terrestre.
Cinq orbites pour couvrir pratiquement toute la planète
Selon la documentation présentée par Amazon à la FCC, la constellation D2D comprendra cinq couches orbitaires.
Les trois premières couvriront principalement les régions densément peuplées :
- 580 kilomètres d’altitude avec une inclination de 55,7°
- 560 kilomètres et 58,2°
- 510 kilomètres et 56,3°
Deux autres couches seront dédiées à améliorer la couverture en latitudes élevées :
- 570 kilomètres et 73°
- 540 kilomètres et 84°, principalement pour les régions polaires.
Cette configuration permet de concentrer davantage de capacité là où se trouve la majorité de la population mondiale, tout en ne laissant pas complètement de côté les zones proches des pôles.
Les satellites utiliseront des liaisons optiques laser pour communiquer entre eux et former un réseau central indépendant des stations terrestres.
De plus, Amazon emploiera des techniques de beamforming digital et de beam hopping, permettant de diriger électroniquement les faisceaux radio vers les zones où des utilisateurs actifs sont présents, réduisant ainsi les interférences et exploitant plus efficacement le spectre disponible.
Contrairement aux satellites traditionnels de type bent pipe, qui retransmettent simplement le signal vers une station terrestre, les satellites D2D de Leo traiteront une partie du trafic directement en orbite avant de le renvoyer.
Globalstar révolutionne la stratégie d’Amazon
L’une des annonces les plus importantes ne concerne pas directement les satellites, mais le spectre radioélectrique.
Suite à l’accord conclu en avril pour racheter Globalstar, Amazon intégrera ses licences mondiales de Mobile Satellite Services (MSS).
Cela lui permettra d’utiliser des bandes spécifiques pour les communications satellitaires, sans dépendre uniquement de l’octroi temporaire de fréquences par des opérateurs mobiles nationaux.
En pratique, cette démarche diffère de celle de Starlink Direct to Cell, qui s’appuie principalement sur des accords avec des opérateurs comme T-Mobile, Rogers, One NZ ou Entel pour exploiter une partie de leurs fréquences terrestres.
Cela ne signifie pas que Amazon se détourne des opérateurs.
L’entreprise collabore déjà avec Vodafone, DirecTV, Herotel ou la National Broadband Network (NBN) en Australie, et souhaite continuer à travailler avec des opérateurs pour intégrer le service D2D dans les réseaux mobiles existants.
L’Europe veut aussi prendre en main l’avenir du 5G par satellite
Tandis qu’Amazon et Starlink préparent leurs constellations, l’Europe travaille sur un cadre réglementaire qui pourrait modifier la répartition du spectre alloué aux services mobiles par satellite.
La Commission européenne envisage de réserver une partie de la bande MSS de 2 GHz aux opérateurs européens lors de l’expiration des licences actuelles en 2027.
L’Espagne soutient cette initiative, et le ministère de la Transformation numérique a lancé une consultation publique sur le futur cadre réglementaire européen.
La proposition prévoit de diviser le spectre en trois grandes blocs :
- un tiers pour les communications gouvernementales, la défense et la sécurité ;
- un tiers pour les opérateurs européens de services commerciaux D2D ;
- le dernier tiers pour d’autres opérateurs commerciaux.
Actuellement, les licences pour cette bande sont détenues par des sociétés américaines. Le texte propose de prolonger temporairement les droits existants jusqu’en 2029, en attendant la sélection des futurs titulaires. Selon le gouvernement, l’objectif est de renforcer la souveraineté technologique européenne et de favoriser le développement de services satellitaires européens, en lien avec la constellation IRIS².
La véritable compétition commencera lorsque des téléphones compatibles seront disponibles
Même si Starlink et Amazon fixent 2028 comme date clé, le déploiement des satellites ne sera qu’une étape ; le marché ne décollera pas sans une augmentation du nombre de téléphones supportant le 5G NTN.
Aujourd’hui, seuls quelques chipsets de dernière génération prennent en charge ces fonctionnalités, et beaucoup de fabricants limitent encore leur utilisation aux services d’urgence.
L’évolution du standard permettra d’augmenter progressivement les vitesses, de réduire les délais de connexion, et d’offrir des applications aujourd’hui difficiles à réaliser avec la première génération de connectivité satellite.
Amazon veut que Leo complète la couverture terrestre, sans la remplacer.
La majorité du trafic mobile continuera de passer par les réseaux 4G et 5G classiques. Les satellites agiront là où déployer des antennes serait trop coûteux, techniquement complexe ou impossible après une catastrophe naturelle.
Dans ce contexte, Amazon Leo, Starlink, AST SpaceMobile, Lynk Global et d’autres opérateurs chercheront à transformer le satellite en une extension naturelle des réseaux mobiles.
La compétition ne se limitera plus uniquement à fournir Internet depuis l’espace, mais visera également à permettre à un téléphone de fonctionner normalement, même si la antenne la plus proche est à plusieurs centaines de kilomètres.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que Amazon Leo Direct-to-Device ?
C’est la future plateforme d’Amazon qui permettra de connecter directement des téléphones mobiles compatibles avec des satellites en orbite basse, pour offrir voix, données, messagerie et services d’urgence.
Combien de satellites comptera la constellation D2D ?
Amazon a demandé l’autorisation de déployer jusqu’à 5 105 satellites spécifiquement dédiés à ce service.
L’entreprise devra-t-elle des accords avec des opérateurs mobiles ?
Elle continuera de collaborer avec des opérateurs, mais l’acquisition de Globalstar lui donne accès à des licences propres MSS, réduisant la dépendance aux accords pour utiliser des fréquences terrestres.
Quelle différence entre la première génération et le 5G NTN ?
Les premières solutions offrent principalement la messagerie de base et les services d’urgence. Le 5G NTN introduit des améliorations standardisées par le 3GPP pour proposer des communications plus rapides, stables, et similaires à celles des réseaux mobiles terrestres.
Sources : Amazon et Ministerio Transformación Digital