Thales présente Luna 8, la nouvelle génération de modules de sécurité matérielle (HSM) conçus pour assurer la protection et la gestion des clés cryptographiques, tout en facilitant la transition vers la cryptographie post-quante (PQC). Disponible en tant que dispositif réseau, cet appareil combine des algorithmes actuels avec un support pour de nouveaux schémas résistants aux futurs ordinateurs quantiques. Thales vise également à répondre à l’essor des charges liées à l’intelligence artificielle, qui multiplient l’utilisation des identités, certificats et opérations cryptographiques.
Les clés de Luna 8 en 20 secondes
- Luna 8 constitue la nouvelle génération de HSM réseau de Thales, désormais accessible sur le marché.
- Il est conçu pour fonctionner avec la cryptographie conventionnelle ainsi qu’avec les algorithmes post-quantiques durant la période de transition.
- Thales intègre un processeur cryptographique propriétaire et une architecture évolutive.
- Le fabricant s’engage à maintenir la compatibilité avec les applications et interfaces utilisées par ses clients Luna.
- Les évaluations selon FIPS 140-3 Niveau 3 et Critères Communs sont en cours ; Thales ne certifie pas encore leur aboutissement.
Ce lancement intervient alors que entreprises et administrations entament une migration cryptographique qui pourrait s’étendre sur plusieurs années. L’objectif ne se limite pas à remplacer un algorithme : il s’agit d’identifier où sont utilisées clés et certificats, de mettre à jour applications et dispositifs, de préserver la compatibilité avec l’infrastructure existante et de préparer des mécanismes permettant de changer d’algorithme si nécessaire.
Les HSM jouent un rôle clé dans ce processus. Ces dispositifs protègent les clés cryptographiques en les plaçant dans un environnement hardware spécifiquement conçu pour empêcher leur exposition directe au système demandeur.
Luna 8 vise à assurer cette fonction tout en accompagnant les organisations dans leur transition de RSA et cryptographie par courbe elliptique vers de nouveaux algorithmes post-quantiques.
Le problème n’émerge pas immédiatement avec l’arrivée d’un ordinateur quantique capable de casser RSA
La menace quantique sur la cryptographie actuelle reste pour l’instant essentiellement hypothétique.
À ce jour, aucun ordinateur quantique pratique et généralisé ne peut rompre efficacement les implémentations RSA ou ECC couramment utilisées sur Internet et dans les systèmes d’entreprise. Assurer que la migration vers la cryptographie post-quantique répond à des attaques quantiques massivement capables de déchiffrer les communications serait donc une erreur.
Le risque découle de deux facteurs principaux.
Le premier concerne le temps nécessaire à la substitution de l’infrastructure cryptographique, déployée depuis des dizaines d’années. Certificats, autorités de certification, appareils, applications, protocoles, micrologiciels et systèmes hérités ne peuvent pas tous être remplacés simultanément.
Le second est appelé Harvest Now, Decrypt Later (HNDL).
Un attaquant peut capturer aujourd’hui des communications chiffrées, en espérant pouvoir les déchiffrer dans le futur lorsqu’une technologie capable de casser l’algorithme sera disponible. Cette stratégie est particulièrement critique pour des données dont la confidentialité doit être maintenue sur de longues périodes.
Selon le Thales Data Threat Report 2026, le risque HNDL a été le plus cité parmi les menaces liées à la computation quantique par les organisations interrogées. 59 % d’entre elles indiquent qu’elles évaluent ou expérimentent déjà avec des algorithmes cryptographiques post-quantiques.
Cette enquête, réalisée pour Thales, doit être interprétée dans ce contexte, mais elle reflète également une tendance observable au sein de la normalisation internationale.
En 2024, le National Institute of Standards and Technology (NIST) américain a publié ses premiers standards définitifs pour la cryptographie post-quantique, incluant des protocoles comme ML-KEM, ML-DSA et SLH-DSA.
Depuis lors, l’attention s’est déplacée de la recherche d’algorithmes potentiels à leur déploiement pratique.
Luna 8 veut éviter une migration cryptographique unique
L’un des principes centraux de Luna 8 est l’agilité cryptographique.
Ce concept permet à une organisation de modifier ses algorithmes, tailles de clés et mécanismes cryptographiques sans devoir reconstruire entièrement son infrastructure à chaque changement de standard ou vulnérabilité découverte.
Ce besoin est particulièrement crucial durant la transition post-quantique, car la cryptographie traditionnelle ne disparaîtra pas immédiatement.
Pendant plusieurs années, systèmes classiques, algorithmes PQC et variantes hybrides coexisteront.
Luna 8 a été conçu pour fonctionner dans ce contexte.
| Caractéristique | Objectif |
|---|---|
| Support post-quntum | Utiliser des algorithmes résistants aux attaques quantiques |
| Cryptographie classique | Maintenir la compatibilité avec l’infrastructure existante |
| Architecture évolutive | Intégrer de nouveaux algorithmes et standards |
| HSM résistant aux manipulations | Protéger les clés dans un hardware sécurisé |
| Compatibilité | Réduire les modifications nécessaires pour les applications existantes |
| Scalabilité | Gérer des charges cryptographiques accrues |
| Déploiement réseau | Centraliser les services de protection et gestion des clés |
Thales garantit que la nouvelle plateforme s’appuie sur un processeur cryptographique conçu sur-mesure par la société, offrant une amélioration notable de performances par rapport aux générations précédentes.
Bien que Thales annonce des opérations cryptographiques pouvant être plusieurs ordres de grandeur plus rapides, aucune chiffre unique n’est fourni pour l’ensemble des algorithmes et configurations. La performance réelle dépend du contexte, de l’algorithme et de l’environnement.
Il convient donc de considérer cette amélioration comme une déclaration du fabricant, qu’il faudra vérifier au cas par cas.
Un HSM n’est pas simplement un serveur de stockage de mots de passe
Souvent, le rôle d’un HSM reste discret pour l’utilisateur final, même s’il intervient dans de nombreuses opérations quotidiennes.
Un module de sécurité hardware peut générer, stocker et utiliser des clés cryptographiques sans que celles-ci aient à quitter l’environnement sécurisé du dispositif.
Lorsqu’une application doit signer ou déchiffrer des données, elle peut en confier l’exécution au HSM.
Cela réduit l’exposition des clés par rapport à un système où elles sont simplement stockées sous forme de fichiers.
Les HSM sont utilisés dans les autorités de certification, infrastructures à clé publique (PKI), signature de code, identités numériques, services financiers, bases de données, environnements cloud et autres domaines où la compromission d’une clé peut avoir des conséquences graves.
L’arrivée de la cryptographie post-quantiques modifie certaines opérations, car les nouveaux algorithmes ont des caractéristiques différentes en termes de tailles de clés, signatures et exigences computacionales.
Mettre à jour un HSM peut ainsi devenir une étape essentielle dans une migration post-quantiques plus large.
L’intelligence artificielle accroît aussi la charge cryptographique
Thales associe Luna 8 non seulement à la menace qu’incarne la cryptographie quantique, mais aussi à la croissance des charges liées à l’intelligence artificielle.
Il ne s’agit pas de dire que les modèles IA nécessitent une cryptographie post-quantique spécifique pour fonctionner.
Le lien concerne principalement l’ampleur et l’infrastructure.
Les architectures modernes comportent de plus en plus de services, API, agents, machines et charges distribuées qui doivent s’authentifier entre eux. Cela peut multiplier les certificats, secrets, identités machine, signatures et opérations cryptographiques.
L’expansion des agents IA ajoute une nouvelle dimension.
Quand un agent va au-delà de la génération de texte pour intégrer des outils, accéder à des données d’entreprise ou exécuter des opérations sur des systèmes extérieurs, il devient essentiel d’identifier précisément qui agit et avec quels accès.
Un HSM peut faire partie de cette infrastructure de confiance, en protégeant les clés pour établir des identités et signer des opérations. Cependant, Luna 8 ne doit pas être confondu avec une plateforme d’exécution de modèles IA.
Sa fonction reste de nature cryptographique.
La compatibilité peut être aussi cruciale que les nouveaux algorithmes
L’un des défis de toute modernisation d’un HSM réside dans le fait que ces dispositifs sont souvent intégrés à des applications en activité depuis plusieurs années.
Changer de matériel et découvrir qu’il faut modifier de nombreuses intégrations peut transformer une simple mise à jour de sécurité en un projet complexe.
Thales affirme que Luna 8 conserve les interfaces et éléments auxiliaires utilisés par ses clients, dans une optique de simplification de la migration sans nécessiter de modifications majeures des applications existantes.
De plus, la société utilise une plateforme matérielle unifiée pour différents usages. Parmi ses plans figure l’intégration ultérieure du support pour payShield 11K, sa solution spécifiquement destinée à certains environnements de paiement.
Cette fonctionnalité sera proposée dans une version ultérieure et n’est pas encore disponible dans Luna 8.
La même précaution s’applique à ses certifications.
Thales indique que Luna 8 est en cours d’évaluation indépendante pour répondre aux exigences telles que FIPS 140-3 Level 3 et EU Common Criteria.
Le fait qu’elle soit en cours d’évaluation ne signifie pas qu’elle bénéficie déjà de la certification. Pour les organisations exigeant officiellement l’un ou l’autre de ces certificats, il sera nécessaire de vérifier l’état précis avant de déployer le produit.
La migration post-quantique commence par localiser où se trouve la cryptographie
Le lancement de Luna 8 montre comment la cryptographie post-quantique se déplace progressivement du laboratoire vers l’infrastructure commerciale.
Cependant, acquérir un HSM compatible PQC ne transforme pas automatiquement une organisation en système résistant aux futurs attaques quantiques.
Préalablement, il faut faire un inventaire précis.
Les entreprises doivent identifier quels algorithmes elles utilisent, où sont leurs clés, quels certificats déployés, quelles applications en dépendent, et combien de temps chaque type d’information doit rester confidentielle.
Certaines infrastructures sont difficiles à mettre à jour, comme les appareils industriels, équipements de télécommunications, micrologiciels, systèmes embarqués et anciennes applications, qui peuvent rester opérationnels pendant de nombreuses années.
À partir de là, une migration progressive peut être envisagée.
L’agilité cryptographique promue par Thales cherche justement à éviter que la prochaine transition nécessite de remplacer l’intégralité de l’infrastructure à chaque changement d’algorithme recommandé.
Le NIST poursuit ses travaux sur de nouveaux standards PQC, rendant la capacité à mettre à jour les déploiements aussi essentielle que le support des algorithmes actuels.
Luna 8 intervient dans ce contexte intermédiaire. Les ordinateurs quantiques ne cassent pas encore pratiquement le chiffrement moderne, mais attendre qu’ils le fassent laisserait peu de temps pour remplacer une infrastructure cryptographique construite sur plusieurs décennies.
Ainsi, pour de nombreuses organisations, la question n’est plus de savoir s’il faut abandonner RSA ou ECC demain, mais si leur infrastructure est prête à évoluer lorsque le moment sera venu.
vía : thalesgroup