La Junta de Castilla-La Mancha vient de confier à Inetum et ECIJA la construction d’un cadre commun pour piloter l’intelligence artificielle dans l’ensemble de son administration régionale. Le contrat, financé par le Fonds européen de développement régional (FEDER), doit livrer à la fois une plateforme technologique partagée et un modèle de gouvernance calé sur le règlement européen sur l’IA.

Les points clés en 20 secondes

L’initiative s’intègre dans la stratégie de transformation numérique portée par le ministère régional des Finances, des Administrations publiques et de la Transformation digitale. Elle pose des bases communes pour que chaque département intègre l’IA selon des critères techniques, organisationnels et juridiques identiques.

Une architecture pensée pour éviter les doublons

Le projet répond à un problème classique dans les grandes administrations : chaque service développe ses propres outils d’IA sans réutiliser ce que le département voisin a déjà construit, ce qui multiplie les coûts et les risques de non-conformité. Castilla-La Mancha structure donc son chantier en deux volets.

Le premier crée un Bureau d’Intelligence Artificielle, chargé de fixer les critères de gouvernance, de supervision et de gestion des risques pour tous les systèmes développés en interne. Le second met en place une plateforme technologique d’entreprise, base commune pour construire de nouveaux cas d’usage dans l’administration régionale.

Selon les partenaires du projet, cette approche évite les développements isolés et favorise le partage d’une architecture unique : les composants se réutilisent d’un département à l’autre au lieu d’être reconstruits à chaque fois.

Gouvernance et conformité intégrées dès la conception

La Junta veut intégrer la transparence, la supervision humaine et le respect de la réglementation européenne dès les premières étapes du projet, pas après coup. Le cadre s’aligne avec le règlement européen sur l’Intelligence Artificielle et avec d’autres normes internationales applicables au secteur public.

Inetum et ECIJA prévoient des mécanismes de traçabilité des systèmes, un audit facilité et des contrôles sur l’utilisation des données et des modèles. L’objectif : que les futures solutions se déploient avec des garanties à la fois techniques et juridiques, sans bloquer le rythme des projets.

Le rôle d’Inetum et d’ECIJA

Inetum prend en charge l’architecture technologique et le déploiement de la plateforme d’IA. L’entreprise s’appuie notamment sur son outil interne CRAFT (Coborg Responsible AI Framework & Toolkit), pensé pour l’orchestration, la gouvernance et le déploiement des agents d’IA. Cette plateforme enregistre l’activité des systèmes, contrôle l’accès aux données et facilite la conformité réglementaire grâce à une architecture modulaire qui s’intègre aux applications déjà en place.

ECIJA apporte de son côté son expertise en régulation technologique, en protection des données et en conformité, pour poser le cadre juridique des futurs développements. Nuria Sánchez Almodóvar, directrice de l’IA pour l’Espagne, le Portugal et l’Amérique latine chez Inetum, résume l’ambition : aider les administrations publiques à intégrer l’IA en combinant innovation technologique, gouvernance et conformité dès la conception. Cristina Villasante, associée chez ECIJA, insiste sur un point : l’implantation de l’IA dans le secteur public doit intégrer les aspects juridiques, éthiques et de contrôle dès le départ, sous peine de devoir tout reprendre plus tard.

Une étape de plus dans la digitalisation régionale

La Junta table sur ce cadre pour construire un modèle commun d’usage de l’IA dans les services publics : réutilisation des solutions, optimisation des ressources, déploiement progressif de nouveaux cas d’usage dans différents secteurs de l’administration. Castilla-La Mancha n’en est pas à son coup d’essai en matière de coopération numérique européenne : la région siège déjà au conseil d’administration de GAIA-X Espagne, où elle défend une approche similaire de souveraineté et d’interopérabilité des données.

Cette montée en compétence côté secteur public fait écho à un mouvement plus large chez les intégrateurs. Inetum, par exemple, a ouvert début 2026 un centre de R&D dédié à l’innovation technologique au Parc Walqa, signe d’un investissement soutenu dans les compétences IA qu’elle mobilise aujourd’hui pour des clients publics comme la Junta.

Reste la question de fond que soulève tout projet d’IA publique : jusqu’où la gouvernance suit-elle réellement le rythme des déploiements ? Gartner alertait récemment sur le fait que la protection des données évolue plus vite que les cadres réglementaires ne s’adaptent, un risque que la Junta dit vouloir anticiper avec son Bureau d’IA plutôt que le subir après coup.

Questions fréquentes

Que développeront Inetum et ECIJA pour la Junta de Castilla-La Mancha ?

Un cadre d’entreprise pour développer, déployer et gérer des solutions d’IA de façon coordonnée dans toute l’administration régionale.

Que comprend concrètement le projet ?

La création d’un Bureau d’Intelligence Artificielle, un modèle de gouvernance et une plateforme technologique commune pour développer de nouveaux cas d’usage.

Quelle réglementation encadre le projet ?

Le règlement européen sur l’Intelligence Artificielle (AI Act), complété par d’autres standards internationaux de gouvernance et de sécurité.

Comment le projet est-il financé ?

Par les fonds du Fonds européen de développement régional (FEDER).

Qui pilote le Bureau d’Intelligence Artificielle ?

Il est mis en place dans le cadre du contrat entre la Junta, Inetum et ECIJA, sous la coordination du ministère régional des Finances, des Administrations publiques et de la Transformation digitale.